PAUVRE FOLLE PHEDRE

 

De Eugne DURIF

(version septembre 2002)

ARICIE

Chant de deuil, les yeux mal fermŽs,

chants mots mal formŽs s'assemblent,

des bouts de dents cassŽs crachŽs

avec et le sang recrachŽ avec les mots.

Chants mots mal formŽs, dŽsemboitŽs,

ŽclatŽs, morcelŽs, chants sous la langue

Donnez-moi un peu de souffle pour chanter

ˆ voix basse mŽlopŽes d'enfance,

gŽmissement sous les rŽcits guerriers,

gestes dessinŽs entre ciel et terre.

donnez moi le souffle pour parler

juste, parole dressŽe debout

danse maladroite, frappe au sol,

frappe, trŽpignements pour rien,

traces perdues, dansons par dessus,

dansons tout le corps presque immobile

ˆ danser, ciel lavŽ des images,

les yeux arrachŽs images effacŽes.

Un choeur de voix dŽpareillŽes,

tournoyantes en une seule voix.

Continuez mes mains, mes mains

sans rel‰che ˆ rassembler les membres

Žpars et ces mots sans couture

(et vieux rve du rŽcit

d'un seul tenant, sans plus de cicatrices)

Geste d'une Žponge qui essuie

le visage sanglant du mourant.

Pre, qu'as-tu fait de ton fils?

Pourquoi l'as-tu abandonnŽ?

Pre, est-ce encore ton fils?

Bouche qui ment, parole morte.

DŽbris de paroles et de corps

dŽsassemblŽs, beau visage,

est-ce le tien, est-ce encore le tien?

Le sang de tes yeux s'Žcoule

caillŽ, viscres dŽchirŽes, reins lacŽrŽs,

 ™, mes mains continuez, quelle Žtreinte de terre

nous unira? Ta mre, pourquoi t'a-t-elle

laissŽ voir le jour? Pourquoi ses yeux ouverts

un jour, tes yeux crevŽs d'o le sang s'Žcoule,

la vŽritŽ, quelle bouche pour la crier

ou la dire ˆ mi-voix, approchez, vous qui semblez

ne rien voir, vous qui ne cessez d'oublier,

un cadavre allongŽ, dŽmembrŽ, sans regard,

rien d'autre qu'un cadavre, une histoire

a commencŽ de se dire, dans la voix des hommes

il y a des gŽmissements d'enfant, qui pour les Žcouter?

Vierge du malheur, son chant rentrŽ dans la gorge,

qui pour l'entendre ? Comme un chant qui ne peut

s'Žlever, ™ venez plus prs, morceaux du corps

rassemblŽ, comme un chant sous la voix

qui ne pourrait s'entendre que serrŽs les uns

contre les autres, ™ le chant sous la langue,

et la phrase s'effondre, dŽjˆ toute trouŽe,

n'existant que dans ce moment o elle tente

de se dire et dŽjˆ retombe au sol pantelante.

Comme un qui arrache sa peau, toutes ses peaux

 les unes aprs les autres, dŽnudŽ acharnŽ

ˆ s'avancer, funambule ˆ ras la terre, sans

 plus de faux semblant, s'avance dans la nuditŽ

Et que l'on entende dans ce moment sourdre

le battement du coeur. Et couler le sang

sous la peau et les frissons.

Et le thŽ‰tre nous demande de nous tenir ˆ distance,

de rester loin du lieu de ce drame qui s'annonce.

Et le thŽ‰tre est ˆ l'opposŽ de ce moment

o serrŽs les uns contre les autres,

nous anŽantissons la mort de notre parole,

et les vivants, se sont-ils endormis pour longtemps?

(PrŽparation de la comŽdienne)

Lˆ, comment je ferme les yeux, lˆ, comment j'ouvre la bouche, comment je tourne sur moi-mme comme celle qui va tre traversŽe par une parole qu'elle ne saisit pas tout ˆ fait, qui n'est pas la sienne tout ˆ fait, qui la traverse et parfois la transperce, le cloue net.

Comment a peut chanter en moi, tout cela, comment parfois cela peut chanter, commencer ˆ chanter ou finir par se taire.

je bouche une oreille avec ma main pour mieux entendre cette voix.

Je tourne sur moi-mme et suis emportŽe par ma voix.

Je cherche le chant, dŽjˆ il m'emporte.

O donnez-moi un peu de souffle pour parler

juste. Un peu encore. Les morts ne supportent

pas le silence. Morceaux Žpars de ton corps-Hippolyte,

Mortes, les mŽtriques anciennes, mortes,

et les ritournelles langue-Žtrangre,

et pourtant voilˆ qu'elles parlent par ma bouche.

Mortes, les mŽtriques anciennes, mortes les ritournelles

ˆ vide. Mon coeur, mon coeur, laisse-toi porter

par la musique que tu inventes.

Bouche qui ment, parole morte.

DŽbris de paroles et de corps

dŽsassemblŽs, beau visage,

est-ce le tien, est-ce encore le tien?

Le sang de tes yeux s'Žcoule

caillŽ, corps dŽmembrŽ, quelle Žtreinte,

quels mots pour en rassembler les morceaux

dŽpecŽs. O mes mains, mes mains continuez,

et vous, plus prs, approchez plus prs,

la mort suspendue le temps de ce rŽcit,

Žcoutez ces gŽmissements d'enfant

dans la voix des hommes,

et qu'on ferme d'une main les paupires,

toutes les images effacŽes, les mots cousus

sans couture, ™ approchez, et commencez ˆ parler.

(S'en va Aricie, comme si elle n'Žtait dŽjˆ plus concernŽe par cette histoire, comme si dŽjˆ elle n'y avait plus sa place, avant mme que cela commence. Regagne peut-tre le choeur, dont elle ne sortira que pour figurer ce personnage du mme nom)

SCENE PHEDRE/ OENONE

PHEDRE

CĠest plus fort que moi

OENONE

Oublie a !

PHEDRE

CĠest plus fort que moi

OENONE

Oublie a ! Le mieux que tu as ˆ faire !

EFFE

Facile ˆ dire !

OEN

Le pire qui pourrait tĠarriver ce sera toujours mieux!

PHEDRE

CĠest plus fort que moi

Toute la nuit encoreÉ

OEN

Ne pense plus ˆ lui !

EFFE

Que ces vains ornements, que ces voiles me psent!

OEN

NĠimporte quoi dĠautre, nĠimporte quel autre ! Pas lui !

EFFE

Si je pouvais, tu ne crois pas quĠil y a longtemps que je lĠaurais fait ?

OEN

Tu as un mari !

EFFE

Ne parlons pas des absents !

Longtemps quĠon nĠa pas vu lĠombre de lui-mme.

OEN

CĠest ton homme !

EFFE

QuĠil reste ˆ tra”ner dans la nuit dĠo il ne sort plus !

OEN

Ton homme!

EFFE

QuĠil tombe un peu plus profond, un peu plus bas pour y mourir un peu mieux !

OEN

Tout de mme ton homme !

EFFE

MĠen resterait au moins quelques images qui se tiennent.

OEN

Des bruits qui courent !

EFFE

Quel genre ?

OEN

Des bruitsÉ

EFFE

Des bruits !

OEN

QuĠil serait entrŽ dans le pylone qui soutient le pŽriph, quĠil serait descendu avec son cher Pyrithe au plus profond sous la terre, ˆ travers les souterrains, dans les boyaux de la terre, quĠils y seraient allŽes pour une sombre affaire, voir a dĠun peu plus prs, quĠils y soient restŽs cela nĠaurait rien dĠŽtonnant, ce nĠest pas des lieux o lĠon sĠen va tra”ner impunŽment.

EFFE

Mon homme !

OEN

Tu te vois un peu !

EFFE

Mon homme !

OEN

A quoi tu ressembles !

EFFE

CĠest plus fort que moi !

OEN

Tu deviens laide !

EFFE

QuĠest-ce que jĠy peux !

OEN

LĠamour, a que tu appelles lĠamour ?

EFFE

JĠen suis toute dŽfaite au dedans.

Je me regarde dans un miroir, jĠai honte dĠexister et de lĠaimer et de nĠavoir rien dĠautre ˆ lui donner que moi-mme.

OEN

CĠest vrai que tu nĠes pas un cadeau !

Ressaisis-toi un peu, tu me fais pitiŽ !

EFFE

J'aime furieusement ˆ le crier sur tous les toits, j'aime, je connais l'histoire sur le bout des doigts, je la connais du dŽbut ˆ la fin. Comme si je ne savais rien. Pour certains, cela semble aller de soi, moi, je ne sais rien. Comme si je ne savais rien. Une histoire qui se dŽroule du dŽbut ˆ la fin, en dehors de moi. Je la connais sur le bout des doigts/ Je ne sais rien/ Juste vers quel enfer cela me mne/ Alors, je reste sur les bords, lŽgrement ˆ c™tŽ/ Juste vers quel enfer

OEN

Tu devrais te coudre la bouche

Ne plus en laisser Žchapper trop de ce qui te sort de la bouche.

 

EFFE

CĠest dans mon cÏur.

cĠest mon coeur le venin !

SĠil prenait mes seins dans ses mains, le gauche dŽjˆ tout glacŽ !

Tu nĠy peux rien, tu sais, si tu nĠarrives pas ˆ le rŽchauffer.

CĠest au dedans, au dedans le froid !

SCENE CHOEUR

CHOEUR FEMME (1)

Une folie qui lĠa prise au dedans.

CHOEUR FEMME 2

Elle dŽpŽrit ˆ vue dĠÏil !

CHOEUR FEMME 3

Amour, serpent qui s'est glissŽ en son sein,

folle enragŽe d'amour et de quel amour !

CHOEUR FEMME1

Pauvre folle Phdre ! Pauvre fille folle !

CHOEUR FEMME 3

LaissŽe trop longtemps ˆ elle-mme toute seule.

Se prenait pour une reine. Pauvre petite fille riche !

CHOEUR FEMME 4

CollŽs lĠun ˆ lĠautre, ThŽsŽe et Pyrithe,

Comme des siamois, petits soldats en goguette/

lĠun reflet de lĠautre, si beaux lĠun et lĠautre

en sont restŽs interdits, muets,

la premire fois quĠils se sont vus.

Comme des siamois, petits soldats en goguette, 

Dans les profondeurs, dont on ne revient plus,

Tous deux collŽs lĠun ˆ lĠautre,

Dernier geste dĠamour avant que vos yeux se ferment,

CHÎUR FEMME 3

Il nĠy a quĠelle qui ne veut pas voir ce que tout le monde voit !

CHÎUR FEMME 1

Le mme refrain : Elle voudrait le suivre partout, ou quĠil soit je le trouverai

(Commence ˆ chantonner)

CHOEUR FEMME1

O folles...Et je ferai le tour du monde si tu me le demandais...

CHOEUR FEMME 3

Elle ne peut plus se supporter, plus se voir, plus se sentir. Elle voudrait changer de corps, changer de peau.

CHÎUR FEMME 4

Elle voudrait mourir et qu'il pleure sa mort, et qu'elle le voit pleurer depuis la mort.

CHOEUR FEMME 2

Elle marche de long en large, seule, parle toute seule, ne sait plus trop ce qu'elle dit, se balance toute agitŽe de pleurs et parfois se met ˆ rire sans raison. Des Žclats de rire et des cris rauques au ciel.

CHOEUR FEMME 4

Elle, cheveux dŽnouŽs, tire une mche de ses cheveux

CHOEUR FEMME 2

Elle, toute agitŽe de tics, son regard est vide

CHOEUR FEMME 3

Elle gŽmit, allongŽe ˆ la renverse sur une chaise.

CHOEUR FEMME 1

Regardez-la pleurer, gŽmir...Regardez-lˆ, donc cĠest elle qui Žtait belle ? CĠest elle qui se prenait pour une rve !

Rien qui femme qui voudrait pleurer et ne sait plus pleurer !

CHÎUR FEMME 4

Elle voudrait s'endormir, mais ds qu'elle ferme les yeux s'Žveille aussit™t, couverte de sueur, mordant ses lvres de peur d'avoir prononcŽ son nom en dormant.

CHOEUR FEMME1

Pauvre folle Phdre ! Pauvre fille folle !

CHÎUR FEMME 2

Et lui qui attend et voudrait aller chercher son pre

CHÎUR FEMME 4

Pars au plus vite Hippolyte, ne reste pas ici !

CHOEUR FEMME 3

Elle se refermera aussi sur toi la porte que l'on ne franchit pas.

CHOEUR FEMME 2

Des bouts de phrases toutes disloquŽes: la voilˆ, la petite fille du soleil comme une chienne ˆ tes pieds...Amour, dites-vous, est-cela aimer, ce dŽsir de le serrer entre mes bras et que mes lvres touchent aux siennes, et

™ amour, amour dites-vous, mes lvres aux siennes bržlantes comme jamais.

CHOEUR FEMME 4

A trop l'aimer, des idioties comme aux lvres la bave.

Elle, rŽpte ˆ vide, jusqu'ˆ perte de sens des bouts de phrases sans suite o l'on parle d'amour et de mort. Ou bien fredonne une chanson idiote o amour rime avec toujours

(Commence ˆ chanter: Ti amo, Ti amo...)

CHOEUR FEMME 2

Marche Phdre de long en large, piŽtine sur place, remet ses longs cheveux en place, tourne et tombe sur elle-mme, , mortes toutes les paroles, et des chansons qui lui viennent idiotes aux lvres, elle quitte son corps, dŽjˆ l'abandonne

CHÎUR FEMME 4

Sur son visage, une larmeÉ

CHÎUR FEMME 3

Ecoutez, Žcoutez-la !

De quel amour blessŽ/ morte de quel amour ?

A tes genoux, te supplie ˆ tes genoux/

A tes genoux, humiliŽe, te supplie,

A tes genoux de me  prendre

Toi, de me prendre entre tes bras/

CHOEUR FEMME1

Folle, ™ folle...(Comme une citation): une chienne de ta meute, je ne voudrais tre rien d'autre qu'une chienne de ta meute, ˆ tes pieds, ton regard posŽ sur moi ou bien tĠappara”tre , je suis la guerrire

Viens me chevaucher ™ bel amour

CHOEUR FEMME 3

Seule, glacŽe, toute glacŽe et seule entre les draps froids du lit conjugal, jĠai envie de toi. Je serre les cuisses, je pense ˆ toi. Toi tout.

CHOEUR FEMME 2

Une pute solaire, une catin qui ouvre ses cuisses pour toi (comme une citation): prends-moi mon bel amant, prends-moi toute. Mon ventre bržle, ma gorge serrŽe,

 ™ ma gorge aucun son ne peut plus en sortir, aimer dites-vous, ce  dŽsir qui me cloue...

SCENE HIPPOLYTE/ ARICIE

ARICIE

HippolyteÉ

HIPPOLYTE

CĠest toi ?

ARICIE

Tu mĠŽvites, tu me fuis.

HIPPOLYTE

CĠest pas aÉ

ARICIE

Quoi alors ?

HIPPOLYTE

Plus compliquŽÉ

ARICIE

DisÉ

HIPPOLYTE

Lˆ, jĠai ˆ faireÉ

ARICIE

Va-tĠen alorsÉ

HIPPOLYTE

Oui, il faut que jĠy ailleÉ

ARICIE

Tu ne me regardes pas, tu ne mĠapproches pasÉ

HIPPOLYTE

CĠest pas aÉ

ARICIE

Vois-moi, HippolyteÉ

Je te fais peurÉ

Peur que je te contamineÉDu regard, simplement, du regardÉ.

HIPPOLYTE

Pourquoi tu dis a ?

ARICIE

La petite pestifŽrŽe recluse dans le palais de ton pre

Tu prŽfres la fuir, ne mme pas la regarder

Pour ne pas avoir ˆ penser que tu pourrais la voir,

Pour ne pas avoir ˆ penser que tu la sais interdite,

Lˆ, condamnŽe ˆ vivre, en souffrance de la fin,

La seule chose qui pourra lui permettre dĠŽchapper ˆ sa vie.

HIPPOLYTE

CĠest vrai, Aricie, quand je te vois aucun mot nĠarrive jusquĠˆ ma bouche. Mais jĠaime te voir, Aricie, mme si je ne sais pas commentÉ

ARICIE

Ton pre a tuŽ tous mes frres,

Ton pre a ŽpargnŽ ma vie,

Je devrais tre heureuse,

Par la gr‰ce de ton pre,

Je suis vivante,

Mais de quelle vie, Hippolyte,

De quelle vie ?

HIPPOLYTE

CĠest vrai, moi, au moins, je peux mĠenfuir,

Courir ˆ travers champs et forts,

Souvent, je pense ˆ toi, enfermŽe

Entre ces murs, et je voudrais

Pouvoir tĠemmener avec moi,

A lĠair libre, tous deux, loinÉ

ARICIE

Ma seule ŽchappŽe, les couloirs,

EpiŽe partout dans le dŽdale des couloirs.

Pourquoi tu mĠŽvites ? Pourquoi tu me fuis ?

HIPPOLYTE

Peut-tre que jĠai un peu honteÉ

De ce quĠils ont fait de toiÉ

ARICIE

CĠest ton pre, hippolyte, tu nĠoses mme pas le nommerÉ

HIPPOLYTE

Oui, mon pre, je saisÉ

Et pourtant, si tu savais comme il me manqueÉ

Tu pleures ?

ARICIE

Les filles, a pleure pour un rien, cĠest bien connuÉ

PHEDRE EN LAMBEAUX (elle parle seule, sĠessaie furieusement ˆ lui parler)

C'est en toi que je l'aime/ Sa beautŽ toute entire en toi maintenant/ En lui je n'aime que le souvenir de ton visage/ J'aime...Oui, j'aime...

/ Comment cet aveu pourra-t-il sortir de ma bouche?/ Et lˆ, tout prs l'un de l'autre/ Et je pourrais commencer ˆ parler/ Les mots qui viennent juste/ Les mots qui ne nous Žloigneraient pas un peu plus l'un de l'autre/

J'ai la gorge serrŽe/ Les mots sont lˆ, prts ˆ se dire/ L'aveu de mon amour insensŽ/ prts ˆ aller jusqu'ˆ toi/ Pourquoi s'arrtent-ils en chemin et ne peuvent-ils t'atteindre? Une force terrible me fait ouvrir la bouche/ Une force terrible me coupe la parole et me cloue lˆ, silencieuse sous ton regard/

Je te veux/ Et je ne peux te dire mon amour et cet aveu que je ne peux te faire, je l'entends crier dans tout mon corps/ ce nom que secrŽtement je rŽpŽte, Hippolyte, toi quel nom me donneras-tu? / O ton esclave/ Petite esclave ˆ tes pies/ Fais de moi ce que tu le dŽsires/ Toute je m'offre ˆ toi, ™ amour/ Je me trainerais ˆ tes pieds si tu me le demandais/ Demande-moi l'impossible que je puisse te prouver mon amour/ Je traverserai des barrires de feu/ Je marcherai nue dans la neige si tu me le demandais/ Mon coeur tu l'entends battre pour toi?/ (Comme si elle tentait de citer) Mon coeur qui bržle de mille feux/ Non les images sont mortes/ Elles ne peuvent dire la violence qui consume/

 Il faudrait inventer une langue/ Une langue de syncopes, de cassures, de suspens/ de rythmes ou aucun mot ne pourrait se sŽparer du palpitement du corps/du battement du coeur/ Plus d'images/ Mortes les images/Et condamnŽe aux images, faute d'tre serrŽe dans cette Žtreinte o elles n'auraient plus de sens/

Mon coeur, mon coeur qui ne bat que pour toi/ Prends-le, prends-le/ Toute ma chair crie aprs toi, ™ amour/ Tout en moi te hurle cet amour qui ne peut se dire/

RETOUR DU CHOEUR

CHOEUR 1

Pauvre fille, de plus en plus folle !

CHOEUR 2

Quand a ne fait plus pitiŽ, a donne envie de rire !

CHOEUR 3

Amour, serpent qui s'est glissŽ en son sein,

CHOEUR 4

Pauvre folle Phdre, pauvre fille folle !

CHOEUR 1

Pleure donc, pleure, cĠest bien la seule chose que tu saches encore faire !

CHOEUR 4

Se croit peut-tre intŽressante avec son amour quĠelle rab‰che.

CHOEUR FEMME 3

Se prenait pour une reine. Pauvre petite fille riche !

CHOEUR 1

La reine, la reine de quoi ?

CHOEUR 3

Elle ne peut plus se supporter, plus se voir, plus se sentir.

CHOEUR 2

Elle voudrait changer de corps, changer de peau.

CHOEUR 4

Elle voudrait mourir et qu'il pleure sa mort, et qu'elle le voit pleurer depuis la mort.

CHOEUR 2

Assez. Je ne peux plus la supporter. Je ne veux plus lĠentendre !

CHOEUR 3

Seule, glacŽe, toute glacŽe et seule entre les draps froids du lit conjugal

CHÎUR FEMME 2

Un corps pour la rŽchauffer ? Elle rve ou quoi !

CHOEUR FEMME 1

Regardez-la pleurer, gŽmir...Regardez-lˆ, donc cĠest elle qui Žtait belle ? CĠest elle qui se prenait pour une reine !

Rien quĠune femme qui voudrait pleurer et ne sait mme plus pleurer !

CHOEUR 4

Pauvre folle Phdre, pauvre fille folle !

SCENE HIPPOLYTE/ARICIE

HIPPOLYTE

CĠest mon pre.

Je nĠarrive pas ˆ savoir qui il est.

Je dois aller le chercher.

Il faut que je lui parle.

JĠai tant ˆ lui direÉ

Je ne sais plus si cĠest luiÉ

ARICIE

Tu nĠen reviendras pasÉ

Et je resterai entre les mains de ta mar‰tre de conte cruel. 

HIPPOLYTE

Je le sauverai, je le ramnerai ici, et nous parlerons tous les deux,

Et plus rien ne sera pareil.

ARICIE

Tu vas partir alors ?

HIPPOLYTE

Et quand je reviendrai, je pourrais te prendre dans mes bras.

ARICIE

Tu es obligŽ de partir pour a ?

QuĠest-ce que tu attends ?

(CHÎUR DES HOMMES)

 (Un bruissement de voix: Le choeur, comme s'il essayait de dŽtourner Hippolyte de l'engrenage de la tragŽdie)

CHOEUR HOMME 1

Les ombres, tu crois qu'elles peuvent retrouver un corps?

CHOEUR HOMME 2

Sombres marais qu'on ne passe qu'une fois.

Champs d'ombres arrachŽes au corps, ombres couchŽes dans le sable sous une pluie de feu, dans des tombes d'air ou d'argile bržlante, changŽes en arbres qui se lamentent et pleurent, transformŽes en serpents, lacŽrŽes par les crocs des chiennes aux yeux rouges, rongŽes de fivres ardentes.

.

CHOEUR HOMME 3

Paysages dŽsolŽs des enfers! A-t-on dŽjˆ vu quelqu'un revenir et les dŽcrire?

CHOEUR HOMME 2

Au plus profond des enfers.

Lˆ o la terre se fend.

Lˆ o la terre n'ouvre plus que sur des plaines sombres et glacŽes.

Au plus profond, ton preÉ

Au plus profond des enfers.

Ce serait une folie dĠaller lˆ-bas

CHOEUR HOMME 2

Une nuit Žternelle dŽjˆ les recouvre tous deux.

CHOEUR HOMME 1

Tu rves dĠune belle mort : aller, toi aussi, l'affronter en son sein, aller se jouer d'elle dans sa propre demeure.

CHOEUR HOMME 2

comme lui, jadis, sĠest jouŽ du Minotaure

Il est sorti du Labyrinthe, couvert de sang comme l'enfant au sortir du ventre de sa mre.

Ariane contre lui, long baiser cinŽma. Elle a trahi pour lui le Minotaure son demi-frre monstrueux.

CHOEUR HOMME1

Aller chercher ton pre, Hippolyte?

Et tu le ramnerais triomphant ?

Qui ne comprendrait ton rve, HippolyteÉ

Tout plut™t que rester dans ce palais ˆ l'attendreÉ

CHOEUR HOMME 2

Elle se refermera aussi sur toi la porte que l'on ne franchit pas.

Presque enfant dans les enfers, seul dans ces boyaux de la terre, ˆ descendre toujours plus bas. Lui au moins avait un compagnonÉ.

HIPPOLYTE

Je pars et vais chercher mon pre

CHOEUR HOMME 3

Retourne plut™t, Hippolyte, courir les forts, arpenter les montagnes, chasser et tuer les ours d'un coup d'ŽpŽe en plein coeur. Plus heureux parmi tes chiens, fins limiers et molosses, que dans ce palais Žtouffant.

HIPPOLYTE

Je pars et vais chercher mon pre

CHOEUR HOMME 2

Ne songerais-tu pas ˆ celle dont le nom mme doit dispara”tre? Aricie l'interdite, la petite recluse condamnŽe ˆ attendre doucement la mort sans enfanter?

CHOEUR HOMME 3

Aimeriez-vous seigneur?

HIPPOLYTE

(Comme s'il s'essayait ˆ parler)

Si je la ha•ssais, je ne la fuirais pas.

CHOEUR HOMME 1

Aller chercher ton pre! Mme si c'est pure folie, peut-tre vaut-il mieux que tu prennes, toi aussi, le chemin des enfers.

CHOEUR HOMME 3

Ou repartir courir ˆ travers montagnes et forts. Surtout ne pas rester ici.

Leurs paroles obliques et voilŽes, les babines dŽgoutantes de sang des chiens en sont moins rŽpugnantes.

Ne reste pas lˆÉ

HIPPOLYTE :

Loin/ lˆ-bas/Loin/

Sans espoir mais sans crainteÉ

CHÎUR HOMME 3

Ne reste pas lˆ..

La souillure est dans cette maison, et le poison dŽjˆ se rŽpand dans ses veines. Et toi, b‰tard de ton propre pre dans ta propre maison. Fils de ta mre amazone Antiope sein coupŽ,  dans la compagnie des chevaux et des chiens, tuŽe de main de ton propre pre.

CHÎUR HOMME 1

Le sein coupŽ de ta mre, cĠŽtait celui du c™tŽ du cÏur.

SCENE HIPPOLYTE/ PHEDRE

PHEDRE (elle parle seule)

Pour que tu puisses commencer ˆ m'aimer, il faut que tu me regarde,  regarde, regarde-moi vraiment, je vois tes yeux tout prs, mais ce ne sont pas les tiens, regarde-moi vraiment, regarde-moi vraiment, regarde-moi toute entire cette fois,  lˆ, tu ne crois pas que je... tu me regardes? Tu appelles cela un regard? non, les yeux, les yeux, c'est pas a les yeux.

JĠai l'impression que je m'Žloigne, dja avant mme de pouvoir aimer. Tu crois que je peux toucher quelqu'un, le toucher vraiment?

Avant mme de parler , je suis dŽjˆ la lŽpreuse qui lorsqu'elle dit son amour, devient la lŽpreuse, devient celle qui doit se cacher dans le noir pour pouvoir dire son amour, et parfois sort, tout ˆ coup vient dans la lumire pour le crier et le clamer ˆ la face du monde.

Avant mme de commencer, dŽjˆ, je tangue debout, je tombe toute droite

HIPP (il entre)

Je les sens dŽjˆ tes pensŽes, tes regards dĠamour qui me transpercent.

Arrte de me regarder comme a ! Tu me fais froid dans le dos !

Il faut que je parte. Arrte de me regarder avec ces yeux lˆ. Je ne resterai pas un instant de plus dans cette maison o lĠon Žtouffe, dans cette maison. Les babines des chiens dŽgoutantes de sang sont moins repoussantes que ton visage qui me fixe. Eloigne-toi ! Tu avances vers moi, sexe en avant, elle avance vers moi, ce nĠest pas elle, ce nĠest que son sexe.

PHEDRE

Non, ne crie pas, cela rŽsonne dans ma tte/ Ne crie pas comme a/ Tu me fais mal ds que tu ouvres la bouche/ Tu me fais mal/

HIPP

Arrte de me regarder comme a ! Je les sens tes pensŽes ! Elles se jettent sur moi !

PHEDRE

Tu crois que les pierres peuvent aimer et aprs redevenir, comme si de rien nĠŽtait, malheureuses comme des pierres?

(É)

PHEDRE

Oui, je suis lˆ, ˆ tes pieds.

Son visage, le tien maintenant.

Plus doux et plus violent.

Toute ma chair crie aprs toi, ™ amour/ Tout en moi te hurle cet amour qui ne peut se dire/

Ton visage/

Le sien/

Son visage/ Le tien si pur/

Le visage qu'il avait quand il a, pour la premire fois, portŽ son regard sur moi/ O je le retrouve comme au premier jour/ Et je voudrais pouvoir mourir ˆ tes genoux/ Je suis lˆ ˆ tes genoux/ Vois-moi/ je suis la lŽpreuse qui lorsqu'elle dit son amour devient la lŽpreuse, devient celle qui doit se cacher dans le noir pour pouvoir dire son amour, et parfois sort, tout ˆ coup, vient tout ˆ coup dans la lumire pour le crier et le clamer ˆ la face du monde/ Dis un seul mot, un seul, et je suis toute ˆ toi/ Comme il rayonnait ce jour lˆ/ Cette beautŽ toute entire en toi maintenant/ Son visage presque imberbe, sa peau si douce sous les caresses/ Ses longs cheveux que je caressais longuement/ la force de ses bras qui me serraient/ Plus beau encore de cette sauvagerie que t'as donnŽe ta mre amazone/ Vois-moi ˆ tes pieds suppliante/ O fuir pour Žchapper ˆ ce qui me jette vers toi, me prŽcipite plus bas que terre, Vois-moi comme celle toute humiliŽe ˆ tes pieds, comme celle qui te supplie ˆ tes pieds de venir la prendre doucement et violemment entre tes bras/ Celle qui ne peut ouvrir la bouche/ Celle condamnŽe aux images fleuries et solitaires de l'amour/ Faute de pouvoir te crier la cruditŽ de mon dŽsir/ A tes pieds, ˆ tes genoux/ Laisse-moi rester toujours prs de toi/ CollŽe ˆ toi/ Etre l'ombre de ton ombre/ La terre que tu foules de tes pas/ Laisse-moi mettre mes pas dans les tiens et ne jamais m'Žcarter de ce chemin/ O amour, laisse-moi t'approcher/ Et si tu ne veux pas de moi/ Tue-moi/ Frappe de ton fer/ Laisse-moi inconsciente ˆ tes pieds, morte des coups que tu m'as donnŽs, morte un sourire aux lvres dessinŽ de ta main/Le sang qui s'Žcoule de moi, le dernier don que je te fais/ Frappe/ Tue-moi/ Laisse-moi mourir de ta main/ Ce sang effacera ma honte et dans le mme temps...

HIPPOLYTE

Et aprs cela le ciel peut rester impassible!

Ensevelir ce secret qui m'a souillŽ!

En l'Žcoutant, en ne faisant que lĠŽcouter,  j'ai souillŽ la couche de mon pre!

HŽ,v ous lˆ-haut, vous pouvez entendre a sans rien que ne se passeÉ

Que je sois foudroyŽ sur lĠheure si jĠai fait quelque chose pour exciter cette femmeÉ

Ciel, dŽchire-toi! Jour, couvre-toi du voile sombre de la honte! Etoiles, quittez votre sphre! Quoi! Aprs cela, la lumire du jour pourrait demeurer Žgale et ne pas s'ab”mer dans la tŽnbre?

Et toi, Soleil, comment peux-tu assister sans p‰lir au spectacle de ce qu'accomplit ta descendance?

Un monstre...

Et c'est de la femme de mon pre dont je dois parler ainsi?

Pire qu'une chienne en chaleur!

Monstre! Fille de ta mre qui coucha avec un taureau et enfanta d'un Monstre! Sa bestialitŽ n'Žtait rien comparŽe ˆ la tienne!

O la pire des femmes!

Elle ne mŽrite mme pas le nom de femme.

Pire qu'une chienne en chaleur!

Non, tu ne mourras pas de mon ŽpŽe! Tu la souillerais! Elle t'a dŽjˆ touchŽe, elle est dŽjˆ souillŽe! Quelle eau pourrait la purifier et effacer et laver l'horreur de ce que je viens d'entendre?

(Passe le chÏur qui se livre ˆ des tentatives de postures, des esquisses vaines des gestes de la tragŽdie. Pour finir,  se mettent ˆ chanter. )

CHANSON DE QUI AVAIT TROUVE SON OMBRE

Cherche le chant, trouve le chant/

parti t™t le matin, je n'ai trouvŽ

que mon ombre, je l'ai rapportŽ

avec moi comme une dŽpouille,

une proie au bout de mon b‰ton.

Cherche le chant, trouve le chant/

o je mets mes pas, la terre, lˆ,

la terre touche le ciel, sans ombre

o veux-tu que j'arrive, je touche

le bout, je sens la fin qui vient.

Cherche le chant, trouve le chant,

sur cette route, je suis retournŽ

un autre matin, je voulais rapporter

mon ombre lˆ o je l'avais trouvŽ,

mais cette fois c'est moi qui y Žtais pas.

Cherche le chant, trouve le chant,

je ne savais plus quoi en faire,

alors je l'ai suspendu ˆ un arbre

avec mon b‰ton, j'ai attendu

qu'elle devienne une branche

et je suis montŽ ˆ l'arbre

je me suis accrochŽ ˆ l'arbre

et je n'Žtais plus qu'une branche

Cherche le chant, trouve le chant

et ne va pas le perdre en route.

SCENE ARICIE/ HIPP

ARICIE

Tu vois, on n'arrivera jamais ˆ commencer. Et c'est comme a depuis le dŽpart, on n'arrive jamais ˆ commencer.

reprends ma main, repose moi la question, demande-moi encore si tu m'aimes, si je t'aime. Pose-moi la question. Pose la vraiment. On nĠarrive jamais ˆ commencer. Surtout ˆ ce moment, je ne sais pas si tu es lˆ vraiment, je ne sais pas si tu es dedans ou pas, si tu mĠŽcoutes ou pas.

HIP

peut-tre que c'est dans les yeux, seulement dans les yeux, dans les yeux, seulement dans les yeux. Il faudrait que jĠarrive ˆ te regarder dans les yeux.

ARICIE

C'est clair, on s'aime, on s'agrippe, c'est clair. Refais-le. C'est clair. On s'aime. On s'agrippe.

Aime-moi. ne dis pas les mots. Aime-moi. Regarde comme c'est clair.

Fais-le vraiment. Aime-moi. Tu ne le fais pas vraiment!

HIP

JĠaimerais savoir. Apprends-moi ! Aricie, apprends-moi !

ARICIE

LĠamour, cĠest toujours terrible quand a laisse un gožt de salive. Et a tra”ne aprs.

HIP

Ca bute/ Ca bute/ Tout ˆ coup a bute/ Sur quoi a bute/ Ca s'arrte/ Quelque chose qui viendrait juste, qui tomberait juste/

 je suis lˆ et pourtant je n'y suis pas du tout. Apprends-moi ˆ aimer/ Apprends-moi, AricieÉ

ARICIE

Regarde. Tu ne le fais pas vraiment. tu joues lĠamour, tu nĠes pas dans lĠamour, Hippolyte.

 Tu veux que je te montre. Regarde quand je te montre Lˆ, je le fais vraiment. Tu sens que je le fais vraiment?

HIP

Comme si je te serrais et dŽjˆÉ

ARICIE

Au moment o je commence ˆ tre toute proche de toi, je ris aux  Žclats et aux anges. Tu me sens lˆ, tu me tiens lˆ ?

HIP

A ce moment lˆ, je voudrais entendre  sourdre le battement du coeur. et couler le sang sous la peau et les frissons. et si ce n'est cela, ˆ quoi bon aimer, ˆ quoi bon?

Et ce nĠest jamais celaÉ

ARICIE

j'aurais envie de tout casser. De mettre tous les mots les uns ˆ la place des autres. Ou bien, inverser tous les mots de la fin. Et si je tĠimagine parler d'amour en pleurant, a mĠŽcoeure.

A un certain moment, quelque chose qui se casse, qui se brise net.

Je me suis mise dans une histoire qui existait depuis longtemps en essayant de me raconter ma propre histoire dessus.

Je cours aprs l'amour. Je me perds et je perds lĠamour.

HIP

L'amour quand tu ne sais pas quoi en faire, qu'est-ce que tu peux en faire?

ARICIE

C'Žtait un amant qui ne savait pas chanter/

Mme pas danser non plus, alors remuait

d'avant en arrire, d'arrire en avant, et il gŽmissait,

ˆ dŽfaut, ™ rendez-moi mon corps, ™, rendez-moi

mon corps, rendez que je sache chanter et pleurer

HIP

Vous voyez devant vous un amour dŽplorable.

ARICIE

Mon coeur, mon coeur, laisse-toi porter par la musique que tu inventes.

Dr™le de musique, a sonne faux dŽsaccordŽ !

Dr™le de musique dr™lement ŽraillŽe !

HIPP

Et ce nĠest jamais celaÉ

Aricie, je voudrais tantÉ

ARICIE
Tu ferais mieux de tĠŽloigner de moi.

Ce sera quoi ta descendance avec moi ?

HIPPOLYTE

Pourquoi tu poses cette question ? Tu sais bienÉ

ARICIE

Ce serait quoi ta descendance ?

Ce qui sort dĠun ventre condamnŽ.

Ils les noieraient tes enfants, nos enfants

 comme des petits chats

Ou les Žtoufferaient ˆ lĠŽther.

Simple engeance ce qui peut na”tre de mon ventre.

Je suis celle dont la race doit dispara”tre ˆ jamais,

LĠexclue depuis toujours, la survivante provisoire

Le nom que je porte encore il doit tre effacŽ,

QuĠest-ce qui pourrait na”tre de mon ventre ?

Simple engeance ce qui pourrait en sortirÉ

Tiens-moi, serre-moi fort, prends-moi fort.

SCENE OEN/PHEDRE

OEN

Tu lui as dit ?

PHEDRE

Je voudrais quĠil souffre de chacun de ses mots, je voudrais les lui faire ravaler un ˆ un dans la gorge.

OEN

Tu ne lui as mme pas parlŽ !

EFFE

Dis-lui, toi, dis-lui !

Dis-lui, dis-le-lui

Dis-lui, je ne sais pas...que je ne peux pas m'arrter de pleurer. Vivre sans lui, dis-lui que je ne pourrais jamais. Je le vois partout, mme lˆ o il n'est pas. Dis-luiÉ

OEN

Arrache de toi cet amour ridicule,

Žtouffe-le de tes mains avant qu'il puisse vivre.

Chasse-le de ta pensŽe.

Le mieux que tu as vraiment ˆ faire !

PHEDRE

CĠest une folie, je le sais, mais elle me tient serrŽe, bien serrŽe contre elle.

Avec elle joyeuse, je cours ˆ ma perte

et parfois je voudrais m'arrter en chemin, je le voudrais de toutes mes forces, mon cÏur, mon cÏur laisse-toi porter par la folie qui te porte

Et je me tourne de tous c™tŽs, implorer de lĠaide, je ne sais pas, que lĠon arrache de moi la tumeur maligne

Qui dŽjˆ me ronge. Pure perte. CĠest pure perte.

Et s'en va ˆ vau l'eau ce navire ˆ la dŽrive.

Folle, oui, je suis folle, laissez-moi tre folle !

Je sais que cĠest je cours ˆ ma perte, ™ joyeuse de pouvoir crier cet amour qui me porte et mĠentra”ne les yeux fermŽs !

Dis-lui ! Va lui dire !

OEN

CĠest moi qui suis encore plus ridicule que toi !

PHEDRE

Dis- lui ! Va lui dire !

Il me faut aviver la blessure qui me fait parler.

 Il me faut arracher cette plaie, ma langue, creuser cette plaie, ma langue, dans ma bouche le sang de la blessure, dans ma bouche. L'ENTAILLE DE LA LANGUE ET JE VOIS MON SANG COULER. "MA BLESSURE TROP VIVE AUSSITOT A SAIGNE". Et quand je dis Seigneur, je parles ˆ celui qui me fait souffrir un peu plus, qui me fait saigner un peu plus. O seigneur. J'aimerais tre malheureuse comme une pierre, les pierres sont immobiles et sans doute ne souffrent pas quand elles sont malheureuses, et non pas porter ce corps pantelant de douleur, ce corps, mon corps, cette blessure ˆ vif, la main qui vient se porter sur moi, cette main, ma main, cette supplication et ce supplice de l'entaille, de la blessure ˆ la langue, de la morsure qui me fait dire mon amour. J'aime...Oui, j'aime...Pantelante d'amour comme atteinte d'une maladie incurable. L'entaille de la langue, une trs lŽgre blessure, une plaie minuscule, dans ma bouche le sang de la blessure, dans ma bouche. Cette blessure en moi bŽante qui ne peut se refermer, sur quel chemin coures-tu mon coeur, o t'en vas-tu mon coeur? Cet amour, ma honte glorieuse d'tre affirmŽe ˆ la face du monde.

O que je m'avance nue exposŽe ˆ la lumire, nue dans cette parole qui s'en va vers toi et ne peut te toucher. Et lˆ, j'apparais dans la lumire et dit la honte de cet amour, et dit la violence et la toute puissance de cet amour. Je regarde le sang couler et c'est mon sang et c'est toi celui qui le fait couler, et c'est toi qui me fait saigner et me vider lentement de moi-mme.

Je ne suis plus que cette plaie, je ne suis plus que cette plainte pantelante et le nom de celui que je n'ose nommer s'est refermŽ dans ma bouche et ma langue saigne pourtant et parle dans ce noir, dans cette nuit d'o je sors pour venir ˆ la lumire, parler et dire la honte de cet amour. (Elle crie: J'aime...Oui, j'aime...) Et dire et rŽpŽter jusqu'ˆ le vider de sens ce nom que je n'ose prononcer. Aviver cette blessure qui me fait parler. Cette plaie, ma langue dans ma bouche, le sang de la blessure dans ma bouche. L'entaille infime. Et de ma bouche s'Žcoule ce que ne fallait pas qu'il soit dit et je me regarde, m'Žcoute te parler, vous parler, parler aux cieux et ˆ vous qui tes ici, cette plaie ma langue, aviver cette blessure, cette plaie ma langue.

Dis-lui. Va lui dire !

Allez, quĠest-ce que tu attends ?

Allez, va lui dire !

RETOUR DU CHÎUR

CHÎUR 1

La voilˆ qui remet a !

CHÎUR 2

La mme histoire rab‰chŽe !

CHÎUR 3

A qui elle parle seulement ?

CHÎUR 4

Sait plus trop, la pauvre idiote !

CHÎUR 3

Si cĠest au ciel, que a lui revienne, crachat en pleine gueule!

CHÎUR 2

Pour se rŽchauffer, plus quĠelle et pas sžr quĠelle se tienne chaud.

CHÎUR 1

Des deux c™tŽs du monde, bien sŽparŽs les uns des autres, il y a les hommes et les femmes !

CHÎUR 4

Et elle, elle croit donc quĠelle peut sĠapprocher de lui comme a !

CHÎUR 3

Pauvre fille ! Pauvre folle !

CHÎUR 1

Elle, croit faire tournoyer le ciel comme l'ab”me

CHÎUR 2

Elle, nue ainsi qu'une Žtoile, ainsi qu'une main

CHÎUR 3

Elle,  allumeuse solaire. Elle gŽmit, allongŽe ˆ la renverse sur une chaise.

CHÎUR 4

Elle, que fait-elle donc, la jupe relevŽe sur sa chaise tout en martelant des litanies, des chansonnettes idiotes. Puis des Žclats de rires et des cris rauques au ciel.

CHÎUR 1

Elle referme ses jambes sur sa main, sur son bras. 

.

SEQUENCE/ OEN TENTE DĠEXPLIQUER

OEN

Elle voulait vous dire, elle voudrait vous dire, elle ne sait plus parler, Žcoute ce quĠelle ne sait pas te dire, tu vas lĠentendre un peu, il faut que tu lĠentendes, elle ne sait plus parler, si elle pouvait parler elle te dirait, Žcoute-lˆ, Žcoute ce quĠelle ne peut te dire, qui lui reste en travers de la gorge

Entre tout ce qui la traverse et le mot, elle reste entre. EcartelŽe. EcartelŽe de toi absent. Si quelqu'un prononce ton nom, elle voudrait pouvoir, ce nom, l'embrasser ˆ pleine bouche et dans le mme temps j'embrasse ˆ pleine bouche le soleil, et le repousse aussit™t. va-t-en. ne reste pas lˆ ˆ me regarder ainsi. ne reste pas.

Elle est celle qui compte avec les doigts,  car elle ne peut rien dire de cet amour. A toujours l'impression qu'il manque un geste d'aimer ou qu'il y en a un de trop, que ce n'est pas la bonne mesure, pas la distance juste.

Elle court aprs un amour impossible. Elle sĠŽpuise ˆ taire cet amour. Elle en a gros sur le cÏur. Ecoute-la, regarde-lˆ, ne reste pas, toi ton cÏur comme un bout de bois mort.

Va-t-en, reviens, ne reste pas comme a, elle lĠa chantonnŽe jusquĠˆ plus soif la mme petite chanson. De loin. 

A tes genoux, te supplie ˆ tes genoux/

A tes genoux, humiliŽe, te supplie,

A tes genoux de la prendre

Toi, de la prendre entre tes bras/

A tes genoux te supplie de la prendre

Doucement, violemment entre tes bras,

A tes genoux te supplie/ Morte de quel amour ?

 

HIP

Va te coller ˆ elle.

Seule, tu bats des bras en lĠair.

Tu ne peux te dŽplacer que collŽe ˆ lĠautre, collŽe ˆ elle.

Va lui dire que son amour me fait horreur, quĠelle me fait horreur. Va lui dire que je ne veux plus lĠentendre sa vieille mŽlodie serinŽe, que son amour elle se le garde au travers de la gorge et quĠelle Žtouffe avec.

Va lui dire et que ce soit comme un crachat.

CHANT DE LA RHAPSODE

Ciel branlŽ ˆ blanc qui sĠŽcoule.

 lĠimprŽcation des jours avance dans le chant

Cela arrive ˆ pas de loups, 

Les morts nĠauront pas le temps dĠenterrer les morts,

Cela arrive comme un piŽtinement sourd.

Les linges au fil, dans les jardins des pavillons

de briques rouges, enfants en survte jouent ˆ cochon

pendu aux arceaux, lumire de fin d'aprs-midi

de septembre, les lambeaux de la tragŽdie,

oripeaux sortis des coffres aux fermoirs rouillŽs,

aboiements d'un chien que calme un enfant,

trs fortes les musiques ŽchappŽes des voitures.

Le choeur au pas des portes suit mouvements du ciel,

Cela arrive comme un piŽtinement sourd.

(elle chantonne)

Comment ne pas voir ce qui traverse les yeux

Ce qui va venir, ce qui est. Comment ne pas voir

Ce qui dŽchire mes yeux, ™ toutes ces images,

Les dire ˆ haute voix, pour quĠelle ne me bržle

pas les yeux. Et je suis la rhapsode harcelŽe

par les mots. Il serait revenu, on lĠaurait vu vivant,

on lĠaurait vu cheminant dans les rues,

On lĠaurait vu vivant, ThŽsŽe dans la ville,

ThŽsŽe on lĠaurait vu vivant, marchant

seul sans Pyrithe, lui, vivant,

Sans son bel amant ˆ ses c™tŽs, lui ThŽsŽe.

On bržle aux buchers les carcasses,

Animaux malades, lĠodeur est atroce,

Dans toute la ville, une fumŽe suinteuse

Acre, recouvrez de branchages les corps

AbandonnŽs en plein soleil, quĠils ne pourrissent

Pas, les ŽgorgŽs de la veille commencent ˆ puer, 

Il est revenu, il est lˆ vivant,

Allumez les buchers sacrificiels, la loi des hommes

A retrouvŽ droit de citŽ, hurlements aigus

De gorges tranchŽes dĠo le sang se dŽbonde,

Ciel branlŽ ˆ blanc qui sĠŽcoule,

Musiques, musiques, pour couvrir les cris des cabris,

Des agneaux, les yeux crevŽs avant, quĠils ne voient

Pas venir la mort en face.

Il serait revenu, on lĠaurait vu vivant,

Lui ThŽsŽe, le roi couratier,

on lĠaurait vu cheminant dans les rues,

lui vivant, seul, ThŽsŽe,

et lĠhomme se penchera sur le corps-hippolyte,

pas mort tout ˆ fait, penchŽ sur lui

NĠarrivera pas ˆ le tuer compltement.

Dans lĠŽtreinte serrŽe, comme un baiser

QuĠil ne bouge plus enfin,

que ne tressaute plus le corps dĠHippolyte,

Aura une dr™le dĠimpression lĠhomme,

mais devra le faire, le propre fils de ThŽsŽe,

mais si il lui a demandŽ cela, devra le faire,

pas mort compltement, bouge encore un peu

on dirait, musiques pour couvrir les cris

Agonie du bouc aux pieds percŽs/

Suspendu au crochet par les pieds en plaie/

De sa bouche la lie et le chant tranchŽ/

Comme une outre siffle et se vide/

Le feu du bžcher sacrificiel,

Musiques, musiques ˆ tous les carrefours.

Pas mort compltement, bouge encore on dirait,

Lui arrachera les yeux au couteau, quĠil ne reste

Pas de traces, pas dĠempreintes, images, cela sĠest vu,

RestŽe fixŽe dans les yeux indŽlŽbile de celui

PenchŽ pour la dernire fois sur un corps

Juste au moment o il se rigidifie trs lŽgrement.

Lui vivant, le voilˆ, Musiques ˆ tous les carrefours,

Mme les chiens quĠon abat, carcasses, odeurs

De barbaques sur les bžchers, carcasses dĠanimaux

Pattes au ciel, Musiques de fanfares bariolŽes

Pour couvrir les cris, une chemise arrachŽe

DŽchirŽe dans les branches de lĠarbre,

Il est vivant, que lĠon bržle aux bžchers les carcasses,

Dans les courŽes, les cris des femmes,

Il est vivant, Le coupera, lĠhomme, au canif en morceaux.

En petits morceaux, sžr que sera mort

Et certain que le sera,  en petits morceaux

BalancŽs au vent et aux buissons,

une femme que lĠon Žgorge, un enfant qui pleurniche

ou le cri dĠun animal cela ressemble dr™lement

hommes tra”nŽs comme des troupeaux, au canif

le dŽcoupera, crŽpitement des feux, la barbaque

qui bržle, tr‰inent dans les rues des odeurs de suif,

il est revenu, ThŽsŽe, il est vivant,

pour lui, ces bžchers et les cris des femmes

les aboiements des chiens quĠon Žgorge,

et les gueulements de cochons ˆ la tuŽe

quand la lame leur vient, glacŽe, sous la gorge,

faut que tu regardes en face, regardes bien

,ne dŽtourne pas les yeux, dĠun coup derrire la tte,

ne bouge plus, tte en bas, la peau quĠon tire dĠun coup

sa peau comme la nuditŽ quĠon ne voit jamais,

la peau tirŽe dĠun coup, sang qui sche et les mouches

viennent sĠy coller en grappes recouvrez de branchages

 les corps abandonnŽs en plein soleil, exposŽs pour

lĠexemple, les ŽgorgŽs de la veille commencent ˆ puer, 

Il est revenu, il est lˆ vivant, ThŽsŽe.

ChÏur 1

Parle encoreÉ

ChÏur 2

Continue ˆ parler

ChÏur 3

Surtout ne tĠarrte pas !

LA RHAPSODE

Non, je suis trop fatiguŽeÉ

(elle sĠendort)

SEQUENCE: LE CHOEUR/ THESEE

CHOEUR 1

Alors, tu es revenu ?

A quoi elle ressemblait cette fois la nuit?

CHÎUR 2
On a bien cru que tu y Žtais restŽ cette fois !

CHÎUR 3

On tĠavait presque enterrŽ pour de bon !

CHOEUR 2

Il y a des ombres qui lui collent ˆ la peau.

Dr™le dĠodeur que celle des tŽnbres.

 Plus tout ˆ fait un homme, dŽjˆ plus tout ˆ fait un vivant.

CHOEUR 1

Ressemble pourtant ˆ un homme

CHÎUR 2

Le voilˆ, lˆ, dirait que ressemble ˆ un vivant !

CHÎUR 3

Personne ici nĠaurait donnŽ bien cher de sa peau !

CHOEUR 4

Le pire des enfers, pourquoi tu es allŽ le chercher ailleurs. Il y a tout ce quĠil faut chez toi !

CHOEUR 2

L'enfer, lˆ, tout prs de soi, ou en soi, lˆ exactement o nous sommes?

CHOEUR 3

Et celui-lˆ quelle main pourrait t'en arracher?...

CHÎUR 4

Trop de jour pour ses yeux.

THESEE.

Oiseaux de malheur, que faites-vous lˆ ˆ murmurer.

Trop de nuit, cela a ŽtŽ trop de nuit !

CĠest vous qui puez lĠombre et la mort,

O les pleureuse et leurs br‰mantes monodies.

Vont se taire, ces maritornes !

Rangez vos gueules dĠenterrements.

O les voisines, les veuves sur le pas de leurs portes,

Elles se rŽjouissaient dŽjˆ, cette fois il y est passŽ

Pour de bon, prtes dŽjˆ ˆ me pleurer. DŽgagez

Salopes dĠoiseaux de malheur !

Oui, me voilˆ de retour ! DŽgagez ombres,

Ou si vous avez des visages de vivantes

Apparaissez et venez me souffler dans la gueule

en signe de bienvenue.

il est sorti des plaines de la nuit Žternelle plus profondes

que les dŽdales du labyrinthe,

le voilˆ qui marche parmi les hommes, disparaissez ombres,

Ou bien montrez-vous, approchez-vous de moi,

que je voie de prs vos visages de vivant,

O les yeux me bržlent !

Approchez-vous de moi que je sois sžr

d'tre encore du c™tŽ des vivants, j'ai tant doutŽ

ˆ ne plus savoir si ce corps que je portais avec moi

Žtait encore quelque chose d'autre qu'un fardeau douloureux,

une enveloppe qui dŽjˆ m'avait ŽtŽ enlevŽe.

je suis si fatiguŽe, mes jambes ne me portent plus,

mes genoux , cĠest ˆ peine porter le poids d'un corps,

Et rien d'autre que vos mŽlopŽes sinistres

pour m'accueillir? Sinistres figures ˆ la six quatre deux !

Et quand vous ne parlez plus, cĠest encore pire !

Phdre ! O est-elle passŽe ?

CHÎUR EN RUPTURE

CHOEUR 1

Tout ˆ coup, une brusque montŽe du thŽ‰tre.

Bruissement des Žtoffes les corps exposŽs au regard,

saisis des regards, tŽtanisŽs dans la posture

de la tragŽdie. Les corps du thŽ‰tre juste avant.

Puis syncopes et vacillent dŽsarticulŽs,

effondrŽs, poupŽes chiffons.

CHOEUR 2

Et tout le thŽ‰tre s'Žloigne et dispara”t.

Il n'y a plus de thŽ‰tre, il n'y a plus d'amour ici,

l'amour est ailleurs. Nous sommes lˆ.

Semblant d'amour, leurre d'amour.

Chacun s'Žloigne doucement. Chacun

abandonne lˆ sa peau, laisse sa peau

ici comme si cela n'avait plus d'importance.

CHOEUR 3

Il faudrait pouvoir saisir cet instant,

ce moment de passage. Voilˆ, oui, il y a

des corps pantelants qui se dŽbattent

dans une lumire d'artifice, corps

abandonnŽ, ailleurs la vie continue

comme si de rien n'Žtait.

HIPPOLYTE

(on le voit parler tout seul, comme sĠil rŽpŽtait la scne de retrouvailles avec le pre, il sĠembrouille dans les mots, reprend les phrases en tous sens)

Pre, cĠest toi, tu es revenuÉ

Je voulais partir ˆ ta recherche

Il faut que je te dise quelque chose de grave

Quelque chose de graveÉ

Je ne sais pas par o commencerÉ

JĠai tant de choses ˆ te direÉ

Pre, je voudrais te parlerÉPreÉ

OENONE ( ˆ ThŽsŽe)

Il a voulu devenir qui tu es.

SĠest jetŽ sur elle.

La voulait dŽchirŽe.

La voulait abandonnŽe pleurant serrant contre elle

ses jupes aprs quĠil lĠa violentŽ.

La voulait ouverte sous lui, gŽmissante.

La voulait couverte de larmes.

QuĠelle serre contre elle lĠŽtoffe t‰chŽe de sa semence.

Voulait arracher sa robe,

La voulait soumise ˆ ses pieds,

Sa main cherchait son ventre et plus profond.

Elle se refusait, se dŽrobait sous la main.

Sur ses joues, les larmes coulaient.

Lui, insensible, la traquait comme une bte ˆ la tuŽe.

Et elle seule en ce palais en butte ˆ ses attaques

Refusait dĠtre souillŽe de lui, son presque fils.

Elle sĠest refusŽe ˆ lui.

Lui voulait devenir qui tu es, voulait rgner

Sur elle, la voulait dŽchirŽe

La voulait ouverte sous lui, gŽmissante,

La voulait couverte de larmes et le suppliant

De la prendre encore, de nĠtre quĠune chienne

De sa meute, la voulait soumise ˆ ses pieds.

ThŽsŽe ( son portable ˆ la main)

Tu me dois un service depuis longtemps.

AujourdĠhui, tu dois me le rendre ce service.

AujourdĠhui ou jamais !

Le tuer, oui, je sais, mon fils, cĠest mon fils, oui, le tuerÉ

(froidement, il Žtrangle  Oenone)

CONSIGNES AUX COMMANDOS DĠaBATTAGE (elles pourraient tre lues, litaniques, pendant lĠassassinat dĠHippolyte)

LĠodeur des bžchers sans doute est insupportable, mais il est difficile dĠenfouir les corps dans le sol, notamment en ce qui concerne lĠenfouissement avec de la chaux vive, il faut sĠassurer absolument de lĠimpermŽabilitŽ des sols.

Pour rendre la mort animale plus humaine, nous avons pensŽ quĠil serait mieux que les btes soient assomŽes au moyen dĠun pistolet dĠabattage, ŽlectrocutŽ ou encore euthanasiŽs ˆ lĠaide de produits chimiques. Il est important de veiller ˆ ce que les panses soient percŽes comme il faut afin dĠŽviter le dŽgagement de gaz lors de la putrŽfaction..

Lorsque lĠŽtat du sol le permettra , des fosses seront creusŽes immŽdiatement pendant lĠabattage afin de ne pas laisser croupir les carcasses.On mettre au fond, une couche de chaux vive. Les animaux y seront dŽposŽs et recouverts dĠune nouvelle couche de chaux et de terre.

Le tout sera nappŽ dĠeau et parfois de soude caustique. Il faut noter que la chaux  permettra plus facilement de dŽsinfecter et dissquer les chairs.

Quand lĠŽtat du sous-sol rendra prŽoccupant un tel type dĠenfouissement, les carcasses sont bržlŽes ou transportŽes chez lĠŽquarisseur

Afin dĠassurer une hygine plus grande, les carcasses seront transportŽes dans des bennes monobloc, b‰chŽes et Žtanches Ó .

LorsquĠil est nŽcessaire de les transporter encore vivants, on se doit dĠutiliser des containers et de les acheminer ainsi vers les centres dĠabattage. Quand les cris sont trop forts, ne pas hŽsiter ˆ tirer sur les containers.  Si lĠodeur dĠexcrŽment et de sang sŽchŽ est trop Žcoeurante, verser de lĠacide ˆ lĠintŽrieur, pour effacer les traces, sans trop regarder ce qui se passe ˆ lĠintŽrieur. 

SCENE APRES LA MORT DĠHIPPOLYTE

LĠŽtait un petit enfant/

Qui sĠen allait glaner aux champs/

La main dans la main

SerrŽe la main dans la main

De son pre, papa,

Je marcherai dans tes pas,

Petit enfant, dŽjˆ grand,

La main dans la main serrŽe

De son pre, papa, emmne

Moi encore marcher encore

Avec toi, dans les forts

EpŽes en bois o lĠon sĠen va

Tuer les monstres et les chimres

Pre, papa emmne-moi

Je te suis tout petit derrire toi,

Tout prs, mains dans la tienne,

Tu tĠŽloignes, me laisse seul

Dans la proximitŽ des femmes.

LĠŽtait un petit enfant

Tout seul, tout seul maintenant,

Qui sĠen allait glaner aux champs,

Rvait de pas tre son pre/

SĠen est allŽ chez le boucher/

Tant dĠamour dans le regard,

Et le boucher, lĠa tuŽ, le boucher,

Toujours il souriait le regardait

Plein dĠamour dans ses yeux,

Mon fils, mon garon, nĠest plus

Ce petit enfant, main dans la mienne,

SerrŽe, ŽpŽes de bois forts transpercŽes

TraversŽes, les cris ˆ lĠŽcho,

Vainqueurs, conquŽrants, ™

Tremblez monstres, ogres,

Pre, papa, je nĠaurais jamais

Peur de rien, garde dans la tienne

Ma main bien serrŽe, ma main.

Pourquoi maintenant, Pre

Papa le boucher, les mains

Les mains salies de mon sang,

Pourquoi

LĠa coupŽ en petits morceaux,

Mis au saloir comme pourceau.

Les pieds et les mains arrachŽs

petit garon tout dŽcoupŽ

LA RHAPSODE (sĠŽveillant)

LĠa coupŽ au canif en morceaux, lĠhomme,

En petits morceaux, sžr que lĠŽtait mort

Et certain quĠil lĠŽtait, en petits morceaux

BalancŽs au vent et aux buissons,

une femme que lĠon Žgorge, un enfant qui pleurniche

ou le cri dĠun animal cela ressemble dr™lement

A pensŽ lĠhomme, un grand couteau ou un canif pour dŽcouper du pareil au mme.NĠa pas eu le courage

Son pre, de tenir lui-mme le couteau.

Difficile de faire couler son propre sang !

CHÎUR

Petits morceaux de chair, brindilles dans la boue et les flaques et la petite herbe fragile et jaun‰tre de par lˆ-bas,  petits morceaux de son corps, petits bouts de ton corps Hippolyte, petits morceaux de ta chair, un homme, a, cĠŽtait un homme a ? Non, mme pas, juste un enfant, ton fils, tu ne peux pas le reconna”tre, on ne peut pas dire quĠil git allongŽ, simples morceaux ŽparpillŽs dans cette herbe jaun‰tre des bords de pŽriph, pas dire quĠil g”t tout du long, pas loin du pylone dĠo tu tĠenfonais croyant aller aux entrailles de la terre, petits morceaux de chair, petits bouts de ta chair, pas le repos o dorment les morts dĠun seul bloc allongŽs dans un seul corps, non, petits bouts, lˆ-bas o la ville sĠarrte, bute aux premiers jardins couverts de givre, la ville ˆ la limite, lˆ o elle se perd, et dans un terrain vague ces bouts, petits morceaux, brindilles dans la boue, quel ogre les a dŽcoupŽs en morceaux sans mme les manger, non, les a laissŽs lˆ pour rien, semblant de corps en morceaux pas loin du pylone et des putes du pŽriph qui font des signes de loin, langues passŽes sur des lvres trs rouges.

CHOEUR 2

. Hippolyte, corps en morceaux, petits morceaux de son corps sur les buissons de ronces, petits bouts de ton corps dans les champs tout ensanglantŽs, Hippolyte...Tout ce qui reste de toi, des petits bouts de corps, beau visage, est-ce le tien, est-ce encore le tien? Le sang de tes yeux s'Žcoule caillŽ, viscres dŽchirŽes, reins lacŽrŽs, membres Žpars un peu partout, pre qu'as-tu fait de ton fils?

CHOEUR 1

Pourquoi tu pleures? C'est bien ce que tu voulais!

THESEE

C'est vrai. Je voulais qu'il meure. Il est mort.

CHOEUR 3

Il n'est pas digne d'un homme de pleurer ce qu'il a dŽsirŽ

THESEE

Ce que jĠavais demandŽ, au pied de la lettre !

Le destin a accompli prŽcisŽment mon voeu. Il y a de quoi rire ! Vraiment de quoi !

CHOEUR 1

Arrte de pleurer ! Tu as lĠair de quoi, maintenant ?

THESEE

Je ne pleure pas de l'avoir tuŽ. Je pleure de l'avoir perdu.

CHOEUR 2

CĠest ton fils.

CHOEUR 3

Plus ton fils. Tu lĠas abandonnŽ !

CHOEUR 1

TĠŽtais son pre, tu lĠas laissŽ mourir, tu lĠas abandonnŽ !

CHOEUR 2

Ton fils, regarde ce quĠil en reste !

De ce corps jamais tu ne rassembleras

les morceaux dispersŽs. Si seulement

c'Žtaient tes mains, tes mains ˆ toi,

qui l'avaient tuŽ , tu pourrais les arracher.

Pas de chance !

CHOEUR 1

Les fils devraient cracher au visage

de leurs pres, mais se souviennent de ce visage

un jour penchŽ sur eux, leurs ttes

couvertes de sang et de placenta sortant du sexe,

dans les cris de souffrance de la femme.

CHOEUR 2

Ce visage un jour penchŽ vers eux, petits

corps vagissant, le cordon tout juste coupŽ.

et dans la nuit, ils crient

au souvenir d'un rve de chevaux embourbŽs

 

CHOEUR 1

sortant brusquement

de la boue. Se dŽpŽtrant de la boue. Leurs ttes

leurs ttes toutes ensanglantŽes.

CHOEUR 2

A leur venue au monde, entendent djˆ sur leur tte

le bruit des pelletŽes de terre qu'on jette sur leur tte

et sont pourtant inexplicablement heureux de cet instant

o ils serrent contre eux le minuscule corps enfantin.

CHOEUR 1

Et lui voulait tre aussi fort, aussi courageux

que son pre-hŽros. Ciel noir

en plein ŽtŽ, ciel tout ˆ coup dŽchirŽ,

de grands orages pour cette venue au jour.

JetŽ au monde, tombŽ dans le monde, te voilˆ dŽjˆ ˆ crier.

Tes yeux qui regardent, quĠest-ce quĠils voient tes yeux ?

CHOEUR 3

CĠest toi pre, papa

Il ne pourra plus rien faire pour tre

Aussi grand que toi.

Ton fils, cĠest ton fils.

Aussi grand que toi, ne le sera jamais.

CĠest toi pre papa

Le plus fort, il ne tĠarrivera jamais

Plus haut que la cheville.

Plus ton fils, des bouts de corps

Voilˆ, Ton fils, tu le reconnais lˆ

Ton fils, cĠest ton fils.

CĠest toi pre papa mortifre,

Ton fils, cĠest ton fils.

CĠest toi pre papa

Qui lĠa tuŽ. Ton fils, aussi grand

Que toi ne le sera jamais !

CHOEUR 3

Plus ton fils. Tu lĠas abandonnŽ !

CHOEUR 2

Viens, mon petit, viens te battre avec moi,

Viens, on va aller se battre ensemble

Contre les monstres fatidiques les ogres et les gŽants,

avec une ŽpŽe en bois, sur mon dos de cheval,

tu seras le chevalier qui sĠen va combattre,

au fin fond de la fort, au plus profond

des fourrŽs tout noirs o tu nĠas jamais peur

Qui sĠen va combattre lĠŽpŽe haut la main

et moi seulement celui qui te porte

sur son dos, faisant un bruit de sabots

qui claquent, juste celui qui te porte

sur son dos et pousse parfois des cris

guerriers pour te donner du cÏur au ventre,

moi seulement celui qui te porte,

sur mon dos, viens dans la fort Žpaisse

o sont les monstres, les ogres, 

marchant dans la fort, viens mon fils,

ta main serrŽe dans la mienne,

tu ne feras quĠune bouchŽe de ces chimres

et moi poussant des cris guerriers

et des bruits de sabots et des apostrophes

aux monstres quĠils nĠen mnent pas large.

CHOEUR 1

CĠest ton fils. Tu crois quĠil devait mourir !

CHOEUR 3

Plus ton fils. Tu lĠas abandonnŽ !

CHOEUR 1

Tu Žtais son pre, tu lĠas laissŽ mourir, tu lĠas abandonnŽ !

CHOEUR 3

QuĠest-ce que tu as fais ?

CHOEUR 1

CĠŽtait ton fils. Et maintenant ?

CHOEUR 2

Toute une ŽternitŽ pour pleurer. Ne te restera rien d'autre.

CHOEUR (s'Žloigne, sur le point de sortir, reste en fond ˆ Žcouter le chant de deuil d'Aricie)

CHOEUR 1

Les morts, pouvons-nous leur fermer les yeux?

CHOEUR 2

Ils nous Žcoutent, et chaque mot prononcŽ qui n'est pas juste leur est une souffrance

CHOEUR 3

Toute une ŽternitŽ pour pleurer et c'est peu.

CHOEUR 1

Pre qu'as-tu fait de ton fils?

CHÎUR 2

Dans la voix des hommes

il y a des gŽmissements d'enfant, qui pour les Žcouter?

PHEDRE

JĠai aimŽ, pourquoi devrais-je en rougir ?

Je mĠŽloigne,  je suis dŽjˆ partie,

Sereine, je mĠen vais vers la mort, 

Je le rejoins dans la mort, je vous laisse ici, 

Le poison dans mes veines achve le travail,

ˆ mon cÏur le venin, mon cÏur le venin,

JĠai aimŽ debout, jĠai aimŽ comme une chienne

mon sexe ouvert ˆ lui, jĠai aimŽ le regardant

dans les yeux, le regardant au plus profond

et si lui a dŽtournŽ les yeux cĠest quĠil ne pouvait

voir ce qui bržle ˆ tre regardŽ en face.

Je suis allŽe au bout de mon amour, il nĠy Žtait pas,

 tu nĠy Žtais pasÉ.adieuÉ

Ma main, ma main ne tremble pas,

Ma main ne faiblis pas, je glisse doucement

Dans le plus doux des sommeilsÉ

Toute ma chair continue ˆ crier aprs lui,

Tout en moi continue de hurler lĠamour

Que je ne pouvais dire ˆ haute voix.

Une pute solaire, une catin qui ouvre

Ses cuisses pour toi, et les resserre

A ce moment o dŽjˆ je mĠen vais.

O viens, lˆ je te sens comme jamais, viensÉ

(elle marche ˆ pas trs lents, dans cette salle aux carreaux blancs trs propres, sa main dans celle dĠHippolyte fugitivement ressuscitŽ, ou alors cĠest ThŽsŽe qui a tout ˆ coup pris la jeunesse dĠHippolyte et son visage dĠenfant farouche, et tous deux marchent vers deux chaises dĠŽcoliers au dessus desquelles au bout dĠun fil se balancent deux seringues. Tous deux sĠattachent et enfoncent dans leurs veines les seringues dans lesquelles le poison. )

(

ARICIE (Chant de deuil qui se dŽvide, sort machinal de sa bouche.

Peut-tre chantonne-t-elle le texte sans que le sens des mots prononcŽs ait encore, pour elle, beaucoup d'importance)

Pre, qu'as-tu fait de ton fils?

devait-il mourir b‰tard fils de sa mre

qui montait les chevaux ˆ cru?

Devait-il mourir pour que tu continues

ˆ vivre dans la rassurante et belle image

de toi-mme? Ou comme autour de toi

tu anŽantis et dŽtruis tout ce que tu touches.

Rien ne peut s'oublier, rien, je ne serai

jamais ta fille, ™ pre d'opŽrette,

ne m'approche pas, ne m'embrasse pas,

Seuls ceux qui se sont rejoints dans la mort

peuvent-ils s'aimer toujours? Et je suis

condamnŽe ˆ vivre sur ces cadavres,

en tte ˆ tte avec toi, pre-assassin qui me broie

entre tes bras, me serre et m'Žtreint

trop m'embrasse, dŽjˆ m'Žtouffe,

vieillard solitaire, reste ˆ marmonner

tout seul et ˆ hanter ton ch‰teau d'ombres,

reste ˆ, reste, tes mains de boucher

quelle eau pourra les laver?...

Ce devrait tre ton corps ici, ta charogne posŽe lˆ, abandonnŽe lˆ parmi d'autres immondices, abandonnŽe lˆ couverte de mouches en grappes bourdonnantes ˆ la chaleur, charogne de ton corps, mais c'est lui qui respire, mais c'est lui qui vit...Charogne de ton corps de pre. Qu'il ne pse pas sur moi, qu'il ne m'Žcrase pas de son poids, de ses r‰les.

Entre mes mains, entre mes bras, corps que je voudrais savoir bercer, mots mal couturŽs, mots tout acŽrŽs, cailloux dans la bouche ˆ recracher,chants mots mal formŽs assemblŽs tant bien que mal, des bouts de dents cassŽs crachŽs

avec et le sang recrachŽ avec les mots.

Chants mots mal formŽs, dŽsemboitŽs,

ŽclatŽs, morcelŽs, chants sous la langue

Donnez-moi un peu de souffle pour chanter

ˆ voix basse mŽlopŽes d'enfance,

gŽmissement sous les rŽcits guerriers,

 Hippolyte blessure, ˆ la fin il n'y a que corps abandonnŽ, dŽmembrŽ,  un corps en trop posŽ lˆ,

les chiens seuls pour monter la garde autour de lui

et les vivants dŽjˆ s'Žloignent ˆ pas lents et feutrŽs

vers la vie, l'ont dŽjˆ regagnŽ.

DŽbris de paroles et de corps

dŽsassemblŽs, beau visage,

est-ce le tien, est-ce encore le tien?

™, mes mains continuez, quelle Žtreinte de terre

nous unira? Chant de deuil, un piŽtinement,

une danse mal apprise, et je voudrais

savoir me serrer contre moi-mme,

abandonner lˆ cette peau,

la vieille peau mourante du thŽ‰tre.

 (Elle rit aux anges derrire elle.

On ouvre l'infini. On ouvre les yeux. Se dŽchire le rideau du thŽ‰tre. Elle se serre contre elle-mme et commence ˆ chanter en une langue Žtrangre. Comme une pauvre folle OphŽlie, rit et pleure ˆ la fois, chantonne et parle en tous sens.

Et tout le choeur avec elle.)

CHÎUR

Sur son visage, une larmeÉ.