ÒLa  PromiseÓ

 

Xavier Durringer

 

 

 

 

Personnages

 

Ana, la mre

Lucia, la promise

Daniel, le fils

Zeck, le fiancŽ

Ibrim, le spectre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DECOR

 

C'est un temple. Une ruine.

Au premier plan, deux piliers montent vers le ciel. On rentre par une Žnorme porte qui laisse entrevoir un petit jardin. On voit la lumire filtrer par des fentes dans le mur. Et un arbre sur le c™tŽ qui a poussŽ ˆ l'intŽrieur mme de l'endroit.

Le sol est en terre battue. On voit quelques anciennes dalles de pierre.

Un petit foyer dans un trou o ils font chauffer l'eau pour le cafŽ et cuire quelques patates. Quelques caisses en bois, une chaise, quelques tapis et coussins.

Ils sont tous habillŽs comme des villageois‑paysans modernes.

La lumire sera travaillŽe, nuit Žclairage bougies, foyer du feu, lumire de la lune par les interstices.

Jour, ombre et lumire vive et blanche et pleine de poussire. Parfois rose. Les corps, leurs corps, seront des corps nerveux issus de la guerre.

 

1. ( Ibrim )

 

Noir

On voit un visage appara”tre dans l'obscuritŽ et flotter lŽgrement dans l'espace.

 

IBRIM.‑ (visage blafard) Au commencement Žtait le verbe, et le verbe Žtait auprs de Dieu, et le verbe Žtait Dieu. Il Žtait au commencement, auprs de Dieu. Toutes choses ont ŽtŽ faites par son entremise et, sans lui, rien n'a ŽtŽ fait.

Le seul tout puissant et le seul pre. Il a crŽŽ et fait toutes choses, visibles et invisibles, sensibles et intelligibles, cŽlestes et terrestres, par le verbe de sa puissance, il a ordonnŽ toutes choses par sa sagesse.

Il est l'un. L'unique.

El.                                                                                                                                        

C'est lui le grand ordonnateur, lui le crŽateur, lui l'inventeur, lui l'auteur, lui le Seigneur de toutes choses, il n'en existe point d'autres en dehors ou au‑dessus de lui...

Il contient tout et, seul, ne peut tre contenu par quoi que ce soit.

Il n'existe qu'un seul Dieu, le crŽateur qui est au‑dessus de toute principautŽ, puissance, domination et vertu.

Il est celui qui fait misŽricorde, le MisŽricordieux. Il est Dieu! Il est le roi, le saint, la paix, celui qui tŽmoigne de sa propre vŽridicitŽ. Le vigilant, le tout puissant, le trs‑fort, le trs‑grand, celui qui faonne. Les noms les plus beaux lui appartiennent. Ce qui est dans les Cieux et sur la terre cŽlbre ses louanges.

II a fait toutes les choses par lui‑mme, par son souffle, son verbe et sa sagesse, le ciel et la terre et la mer et tout ce qu'ils contiennent...

Il a crŽŽ...

la lumire, le jour, la nuit, le firmament, le soir, le matin, la terre sche, la mer, l'herbe et le bois...

le soleil, la lune, les Žtoiles, les saisons, les annŽes, les monstres marins, les poissons dans l'eau, les reptiles, les oiseaux dans les airs, les quadrupdes dans les champs, les animaux sauvages et par‑dessus tout cela en douzime lieu, l'homme.

Dieu est la lumire des cieux et de la terre. Sa lumire est semblable ˆ une niche o se trouve une lampe.

La lampe est dans un verre pareil ˆ un astre Žtincelant qui s'allume gr‰ce ˆ un arbre bŽni: un olivier qui n'est ni d'Orient, ni d'Occident et dont l'huile brillerait sans qu'un feu la touche. Lumire sur lumire.

 

2 ( anna, Lucia )

 

Nuit.

Une jeune femme, Lucia, une lettre ˆ la main, ˆ c™tŽ d'une lampe ˆ huile.

 

LUCIA.‑ Que Dieu bŽnisse son voyage, une fois encore, qu'il soit protŽgŽ, pour ce dernier voyage jusqu'ˆ nous... Qu'il prenne les sentiers, les chemins de traverse, qu'il court ˆ travers la campagne, qu'il Žvite les routes, les grands axes, les barrages, qu'il ne s'arrte pas dans les villages, qu'il ne boive pas aux sources, qu'il ne prenne pas le temps de s'arrter une seconde dans une immobilitŽ mortelle, qu'il vive et vole jusqu'ˆ nous.

ï dieu tout puissant, n'abandonne pas ton fils dans sa dernire ligne

droite, que les mortiers se taisent, que les balles perdues se perdent dans les arbres.

Puissent les avions rester trs haut dans le ciel. Que les bombes aveugles restent accrochŽes sous les ailes comme un nourrisson au sein de sa mre, qu'il ne croise plus d'hommes armŽs, ni civils vengeurs, ni rien... Ni personne, qu'il revienne, qu'il me revienne!

Ana! Ana! Ana! Il revient... J'ai reu une lettre, il revient... Il arrive... Mon amour... Mon amour revient.

 

ANA.‑ Zeck, c'est Zeck?

 

LUCIA.‑ C'est Zeck! C'est une lettre! Une lettre de Zeck!

 

ANA.‑ C'est pas possible, mon Dieu c'est pas possible. Zeck, c'est Zeck qui revient. Qu'est‑ce qu'il dit?

 

LUCIA.‑ Rien. Rien. Qu'il revient. Qu'il va bien et qu'il est dŽjˆ sur le chemin du retour.

J'avais si peur, si peur de l'ouvrir... Que j'ai lu toute suite la fin et j'ai vu son nom Zeck tout lŽger en bas de la page.

Mille baisers mon amour et Zeck ˆ la fin. Il est vivant.

Mon fiancŽ, mon amour. Ma joie, ma vie. Il est vivant.

J'ai peur. J'ai eu tellement peur. Que cette lettre me parvienne et me parle d'autres choses, si tu savais comme j'ai eu peur, toutes ces secondes o tout peut basculer sur un mot, regret, nous avons le regret, tu vois ce que je veux dire, les formules toutes faites comme on a reu pour papa, l'honneur et tout a et toutes ces heures et ces journŽes interminables en l'attendant... Il est vivant.

 

ANA.‑ Qu'est‑ce que tu vas lui dire?

 

LUCIA.‑ J'ai tellement de choses ˆ lui dire que je ne dirai rien... Je vais l'Žcouter et le soigner et le chŽrir, le couvrir de baisers... Qu'est‑ce tu veux que je lui dise?

 

ANA.‑ Pour ton ventre?

 

LUCIA.‑ Faut pas en parler. Pourquoi, pourquoi tu en reparles? Il ne faut pas en parler maintenant. Plus tard.

Tu veux tout g‰cher?

 

ANA.‑ Je ne veux rien g‰cher du tout mais tu ne crois pas que ce serait bien qu'on en reparle une dernire fois, qu'est‑ce qu'on fait?

 

LUCIA.‑ On en a parlŽ mille fois, on a envisagŽ mille histoires pour pas en retenir une seule de bonne, alors pourquoi je devrais en reparler, tu sais ce qui va se passer quand il va revenir toi non? Moi non plus...

 

ANA.- Je peux lui dire moi en arrivant, toi tu pars un moment, tu vas te cacher, tu attends. . Et moi, je le prŽpare un peu, je lui parle, je lui fais un cafŽ, je lui dis et toi t'arrives aprs...

 

LUCIA.- ‚a change quoi tu veux me dire que a soit toi ou moi? S'il le prend mal qu'est-ce qu'on fait, a change rien. C'est ˆ moi de lui dire.

 

ANA.- Tout de suite.

 

LUCIA.- Comment a tout de suite.

 

ANA.- Tout de suite ds qu'll arrive tu lui dis et voilˆ comme a d'entrŽe on crve l'abcs. Le truc, il est lˆ, le problme, on se le partage ˆ trois avec ton frre depuis plus de six mois.

Si tu vois ce que je veux dire... C'est que nous le fardeau, on se le porte

sans lui, mais c'est son problme ˆ lui aussi d'accord, a va tre son choix qui va tout dŽterminer non?

 

LUCIA.- Oui.

 

ANA.- Oui, parce que tu comprends bien que s'il le prend bien, tout va bien.

 

LUCIA.- Tout va bien.

 

ANA.- Tout va bien. Y a plus de problmes. Mais s'il le prend mal alors lˆ a change pas mal les choses, s'il le prend mal...

 

LUCIA.- ‚a change tout, donc on revient au point mort... ƒcoute... Laisse-moi lui dire quand je le sentirai, juste quand moi je le sentirai, tu comprends?

 

ANA.- Oui.

 

LUCIA.- Et je n'ai pas peur d'en parler. J'ai honte.

 

ANA.- Tu n'as pas ˆ avoir honte.

 

LUCIA.- J'ai honte point.

Mais la pire des choses serait que je ne puisse jamais le revoir, que je ne puisse plus jamais lui parler et lui expliquer et sentir le parfum dans ses mains. Voilˆ ce que a serait l'enfer pour moi : imaginer ce que j'aurais pu lui dire sans jamais pouvoir lui dire et passer ma vie jusqu'ˆ la fin ˆ imaginer ses rŽponses ˆ en devenir folle.

 

ANA.- Je vais te mettre a autour du ventre et quand il sera lˆ on lui prŽparera ˆ manger comme a le ventre plein ce sera plus facile pour tout le monde...

 

LUCIA.- J'en sais rien.

 

 

Ana enroule des bandelettes autour du ventre de Lucia.

 

 

3 ( Daniel, Ana, Lucia )

 

DANIEL.- Qu'est-ce que vous fabriquez toutes les deux, pourquoi tu lui mets des bandelettes autour du ventre?

 

ANA.- Ë ton avis?

 

DANIEL.- Elle a mal c'est a, non?

 

ANA.- Elle a pas mal. C'est pour le cacher.

 

DANIEL.- Merde.

 

ANA.- Rentre ton ventre toi.

 

LUCIA.- Le ciel est beau et triste et je ne sais pas si je dois me rŽjouir ou pleurer.

 

DANIEL.- Zeck revient. C'est pour a?

 

LUCIA.- C'est une lettre. Tu veux lire?

 

DANIEL.- Non. Je te remercie.

 

LUCIA.- ‚a n'a pas l'air de te rendre heureux?

 

DANIEL.- Tu te rappelles la dernire fois que tu l'as vu?

 

LUCIA.- C'est quand les gars sont venus le chercher. Que vous vous tes engueulŽs tous les deux. Il voulait partir se battre et il est parti avec eux sans se retourner.

 

DANIEL.- Je l'ai pas empchŽ. C'est lui qu'Žtait pas d'accord avec moi.

 

LUCIA.- Il est montŽ dans cette voiture une vieille BM... Et j'ai pensŽ, c'est mon homme, c'est mon homme qui part, qui monte dans cette voiture, c'est dr™le de partir ˆ la guerre dans une vieille BM... Nous qui avions des projets de mariage, de voyages, de villes colorŽes... Le voilˆ qui s'Žteignait dans la nuit, juste deux petits points rouges, comme deux yeux de diable qui s'Žloignaient dans la nuit.

 

ANA.- Rentre ton ventre.

 

DANIEL.- Tu les connais les mecs avec qui il est parti?

 

LUCIA.- Je les connais comme a.

 

DANIEL.- Tu ne les connais pas Lucia. Moi non plus et c'est ce qui m'inquite. Toi tu as entendu parler d'eux, le soir dans les cuisines, tu as entendu parler d'eux dans les journaux Žtrangers, ˆ la radio, tu as entendu comment ils ont dŽfendu pied par pied, pouce par pouce nos villes et nos villages, les routes et les ponts, tous les exploits, mais tu as entendu parler ces types, passŽ la lŽgende?

 

LUCIA.- Non, mais je sais qu'ils nous dŽfendent, tous ces hommes qui ont pris le maquis, c'Žtait que des gars de chez nous.

 

DANIEL.- Tu les connais en partant, mais comment, dans quel Žtat, ils reviennent, quand ils reviennent. PassŽ la lŽgende, une fois qu'on aura mangŽ les chocolats.

 

ANA.- Tu crois qu'il va nous ramener du chocolat?

 

LUCIA.- Arrte. Tu crois que j'ai envie d'entendre a!

 

DANIEL.- O.K. O.K. O.K... J'ai rien dit. J'ai rien dit.

 

LUCIA.- Si, tu dis en gros qu'on sait pas dans quel Žtat il va revenir, tu parles de quoi, qui peut lui manquer une jambe ou un bras c'est a?

Garde-toi bien de penser de mauvaises choses sur lui, garde-le prs de ton coeur, au plus prs, souviens-toi o.k.

 

DANIEL.- Non je parle pas de ses jambes ou de ses bras, mais de sa tte, j'espre qu'il aura toute sa tte quoi.

 

LUCIA.- Arrte!

 

ANA.- Daniel, a sert ˆ quoi ce que tu fais lˆ?

 

DANIEL.- ƒcoutez. On leur a appris la mort comme ˆ des cochons truffiers, la truffe.

On leur a appris le combat rapprochŽ en moins de quinze jours et ˆ survivre dans un tourbillon de merde, quinze jours pour apprendre dŽfinitivement ˆ se sentir un rat, et apprendre au rat ˆ tre un oeil et un doigt. BANG. Ë courir, ˆ plonger, ˆ Žgorger, ˆ r‰cler la merde. Je fais rien d'autre que de prŽvenir. Faut s'attendre ˆ tout. C'est tout ce que je dis.

 

LUCIA.- Moi, je suis prte ˆ le prendre comme il sera, dans l'Žtat qu'il sera avec toute sa tte ou pas, moi j'appelle a de la fragilitŽ. Il sera fragile comme nous c'est tout, faudra qu'on s'habitue.

 

ANA.- Daniel, toi, tu n'es mme pas parti te battre, alors comment tu peux dire toutes ces choses, comment tu peux savoir plus que nous dans quel Žtat il peut revenir, tu peux le savoir mieux que nous, tu peux imaginer mieux que nous!

 

DANIEL.- Je prŽviens c'est tout.

 

ANA.- Je prŽviens c'est tout.

 

DANIEL.- Mais lui?

 

LUCIA.- Quoi lui?

 

DANIEL.- Tu crois qu'il va t'accepter avec tes bandelettes?

 

LUCIA.- Tout le monde dit la mme chose. On n'en sait rien.

 

ANA.- Personne. Mais on ne peut pas dire qu'on nage dans la confiance c'est vrai. Nous sommes lˆ, nous sommes lˆ et la guerre est finie pour eux, ils reviennent, mais pour nous elle continue et je pense pour un paquet de temps.

 

Lucia bržle la lettre.

 

DANIEL.- Qu'est-ce que tu fais?

 

LUCIA.- Je la bržle. J'ai trop peur de la garder. Un signe comme a. Je n'aurai jamais peur de lui, lui je sais... J'ai juste peur de lui dire pour l'enfant.

Me voilˆ en momie.

 

ANA.- ‚a va quand mme?

 

LUCIA.- ‚a va.

 

ANA.- Tu peux respirer profondŽment?

 

LUCIA.- Ë peine.

 

Elle sort.

On voit Daniel seul.

Noir.

 

 

4 ( Zeck, Ana, puis Daniel )                

 

Lumire.

Zeck arrive avec tout un barda, par la grande porte.

 

 

ZECK.- O est Lucia?

 

ANA.- Elle est partie ˆ la rivire.

 

ZECK.- Je rentre et elle est partie ˆ la rivire.

 

ANA.- Chaque jour depuis ton dŽpart, elle t'attend... Et chaque jour elle va ˆ la rivire se laver et chercher de l'eau.

 

ZECK.- Tu t'es bien occupŽe d'elle?

 

ANA.- C'est ma fille.

 

ZECK.- Tu l'as bien protŽgŽe?

 

ANA.- Du mieux que je pouvais, mille fois mieux que pour moi, mais tu sais tout a, pourquoi tu demandes?

 

ZECK.- Bon y a plus qu'ˆ attendre qu'elle revienne.

 

ANA.- Attendons. Tu veux du cafŽ?

 

ZECK.- Putain c'est pas comme a que j'avais imaginŽ nos retrouvailles. Je me suis repassŽ les images dans tous les sens, y en a pas une d'histoire qui ressemblait ˆ a. Je rentre et elle est pas lˆ, elle est ˆ la rivire et tu me proposes gentiment du cafŽ...

Qu'est-ce qu'elle a ŽtŽ chercher de l'eau au moment o je rentre de la guerre, j'ai jamais vu a, c'est carrŽment pas possible, c'est moi qui l'attends maintenant!

 

ANA.- Elle arrte pas de penser ˆ toi Zeck...

 

ZECK.- Sžrement. Mais lˆ y a plus besoin de penser, je suis lˆ...

 

ANA.- On ne savait pas quand tu allais rentrer Zeck, on n'allait pas arrter toutes nos activitŽs, dŽjˆ qu'on tourne au ralenti, de faire sa toilette, d'y aller, je regrette Zeck, a fait six mois qu'on attend tous, tu peux bien attendre encore un petit peu!

 

ZECK.- Ha putain, j'y crois pas, je m'attendais ˆ tout sauf ˆ a... Je la voyais courir vers moi comme une folle lumineuse, une luciole, je la voyais m'attendre derrire la fentre, je la voyais m'ouvrir la porte tristement et se jeter dans mes bras, je la voyais nue le matin, endormie

dans son lit et plein d'autres choses encore mais qu'elle ne soit pas lˆ au moment o j'arrive, jamais j'avais imaginŽ a. ATTENDONS QU'ELLE

REVIENNE DE LA RIVIéRE...

Un temps.

C'est le seul endroit que vous avez trouvŽ, cette ruine? Qu'est-ce que c'est que a?

 

ANA.- C'est un abri, c'est tout. Une ruine comme tu dis... Moi je dis un lieu saint... C'est lˆ qu'on est en attendant.

Un endroit sžr et froid ˆ l'Žcart de tout. On est pas emmerdŽ par les voisins.

 

ZECK.- J'ai vu. C'est paumŽ. Vous avez pas peur la nuit?

 

ANA.- Que des fant™mes.

Alors? Tu veux du cafŽ? Maintenant que tu te dŽcontractes un peu, vas-y repose-toi, tu as tout le temps qu'il faut pour respirer et tre tranquille.

 

ZECK.- J'ai mieux que de l'eau chaude...

 

ANA.- Nous voici rŽunis ˆ prŽsent.

 

ZECK- Je te dirai a quand on sera tous lˆ devant mes yeux.

 

ANA.- La guerre nous ˆ tous ŽparpillŽs comme quand gamin tu jetais

des pŽtards pour faire fuir les poussins.

 

ZECK.- Tu te souviens de a toi?

 

ANA.- Il n'y a pas une nuit o je ne pense pas ˆ avant, avant de m'endormir.

 

ZECK.- Et moralement, je veux dire psychiquement ou psychologiquement, a va?

 

ANA.- ‚a va. On va bien.

 

ZECK.- Elle s'est bien remise, elle supporte?

 

ANA.- On peut pas dire a.

 

ZECK.- Comment a on peut pas dire a, je te demande juste si tout va bien dans sa tte et si le moral est bon.

 

ANA.- Son moral est magnifique Zeck, elle est si heureuse de ton retour, elle va tre tellement heureuse de te revoir. Il n'y pas une journŽe o elle ne parle pas de toi.

 

 

 

 

ZECK.- Une journŽe?

 

ANA.- Une heure. Elle se lve elle pense ˆ toi. Elle part se promener dans la campagne, elle pense ˆ toi. Elle Žcoute la radio, lit un journal, voit les hommes qui partent aux champs, elle pense ˆ toi. Le bruit d'une voiture dans la nuit et la voilˆ rŽveillŽe. Des rires et des voix d'hommes au loin, elle pense ˆ toi. Un chien qui aboie et c'est peut-tre un homme seul qui rentre sur la route. C'est sžrement lui, toi qui rentres. Quand les nuits sont trop froides et qu'il gle dehors, elle pense ˆ toi dormant dans le froid. Si les nuits sont chaudes, elle pense ˆ toi dans ta nuit chaude.

Un ciel ŽtoilŽ, une Žtoile, la lune, elle est pour toi, tu devais la voir aussi de l'autre c™tŽ non, si on voit la mme chose, c'est qu'on n'est pas loin. C'est ce qu'elle n'arrtait pas de dire.

 

ZECK.- Moi aussi je voyais la lune et les Žtoiles dans les villages rasŽs, pillŽs, calcinŽs, je voyais la lune au-dessus. Dans le froid et le givre et la merde, de formidables pleines lunes rouges et rousses, dans mes nuits chaudes, moi aussi j'ai pensŽ ˆ elle, je te jure que tu peux me croire. J'ai pensŽ ˆ elle. ( Il sÕŽtonne et sÕamuse comme les enfants . M.)

 

ANA.- Je te crois. Je suis tellement heureuse de te revoir.

 

ZECK.- Ha ouais... J'ai ramenŽ des cadeaux pour elle et pour toi aussi et pour Daniel. O est Daniel au fait, mon ami, tu vas pas me dire qu'il s'est engagŽ ce con?

 

DANIEL.- (comme une apparition) Je suis lˆ Zeck.

 

ZECK.- Et alors qu'est-ce que tu fais? Tu te cachais ou quoi?

 

DANIEL.- J'ai vu des hommes en uniforme sur la route et je me suis cachŽ.

 

ZECK.- C'Žtait moi. Idiot, c'Žtait moi ton ami et d'autres soldats qui rentrent chez eux, c'est fini gars viens lˆ dans mes bras!

Viens lˆ dans mes bras!

 

Ils se serrent dans les bras.

 

Mon ami! Regarde-moi! Tu n'as pas changŽ! Mon ami!

 

DANIEL.- Je ne t'ai pas reconnu Zeck.

 

ZECK.- Arrte. C'est le cr‰ne rasŽ. C'est le cr‰ne rasŽ qui fait a, c'est normal, excuse-moi.

 

DANIEL.- ‚a doit tre a Zeck. C'est le cr‰ne rasŽ et l'uniforme lˆ... ‚a change.

Et les armes aussi.

 

ZECK.- Alors j'arrive les bras chargŽs de cadeaux et vous n'tes pas tous lˆ ˆ m'attendre...

Et ta soeur, qu'est-ce qu'elle fait?

 

DANIEL.- Elle est ˆ la rivire. S'il te pla”t... Tu peux laisser tes armes ˆ la porte de la maison? Tu n'as pas d'ennemis ici!

 

ZECK.- Comme tu voudras, comme tu voudras... T'appelles a une maison... Moi j'appelle a une ruine... Mais o.k... Je vais les mettre contre le mur ˆ l'entrŽe, a me fait chier mais t'as raison, dedans mais dans l'entrŽe. Je ne vais pas laisser ces armes dormir dehors avec n'importe quel con qui peut passer.

 

ANA.- Ne t'inquite pas il ne passe jamais personne par ici.

 

ZECK.- Pas grave. Suffit d'une fois. C'est pareil. Je suis vigilant. Ces mecs peuvent faire trois cents bornes en deux jours.

Il n'arrivera plus jamais ce qui nous est arrivŽ. Tu m'entends plus jamais.

 

ANA.- Que Dieu t'entende.

 

ZECK.- Dieu n'y est pour rien lˆ-dedans. Je veux dire, c'est pas lui qui fait la guerre, je veux dire, c'est pas lui qui dŽcide de la guerre et tout a, lui il y est pour rien, je te parle des hommes lˆ, ils reviendront pas lˆ tant que j'y serai o alors c'est la mort tu comprends, il n'y aura pas d'alternative. Pas d'explications possibles, demain comme jamais, mme quand la paix reviendra et qu'on se rŽinstallera dans notre maison, dans notre village, quand on aura rebouchŽ les routes et remis les fils Žlectriques et le bain moussant, quand on aura fait la rŽcolte de nos champs de blŽ, je n'oublierai pas, quand ils ont marchŽ sur les parterres de tulipes, les trous d'obus dans les murs, le sang sur le carrelage et la peur et les vols et les viols et ma maison, et ma rŽserve de bois et mon poulailler et les animaux saignŽs ˆ blanc, et mon petit cafŽ o je jouais aux dominos, soufflŽ d'un coup le cafŽ, puchhssttt, sous les bombes, je n'oublierai plus jamais ces fils de putes!

Suis-je clair? Ce ne sont pas des hommes mais c'est... Effrayant, effrayant. Ils peuvent mme se protŽger avec leurs enfants comme boucliers humains. Les femmes sont fires de porter des martyrs. Je les ai vus! Je les ai vus! De mes yeux vus comme je te touche, je les ai vus!

 

ANA.- Dieu voit tout a aussi, ce qu'ils ont fait et ce que tu as fait pour nous, pour notre famille pour notre maison, que Dieu te bŽnisse, lui

qui nous voit de lˆ-haut, nous qui sommes encore vivants gr‰ce ˆ des hommes comme toi, que Dieu te bŽnisse encore et toujours, tu es ici chez toi.

 

Zeck lui embrasse les mains.

 

 

ZECK.- T'inquite! T'inquite!

 

 

5 ( Zeck, Ana, Daniel )

 

 

ZECK.- J'ai un cadeau pour toi. Essaye-le!

 

ANA.- Un manteau de fourrure?

 

ZECK.- Essaye! S'il te va, il est pour toi, cinq lŽopards entiers pour ce manteau.

 

ANA.- Je ne peux pas accepter a Zeck, tu es fou!

 

ZECK.- Pourquoi, pourquoi, j'ai plein de cadeaux pour vous.

 

DANIEL.- O as-tu trouvŽ a?

 

ZECK.- Sur la route.

 

DANIEL.- Sur la route?

 

ZECK.- Dans les villes! On trouve de tout, tout ce qu'il faut dans ces putains de grandes villes! Merde. Cinquante sortes de yaourts ˆ tous les gožts, t'as jamais vu a de ta vie. C'est autre chose qu'ici o qu'on Žtait. Ds qu'on sauvait la vie de quelqu'un, ils nous offraient des cadeaux, des milliers de gens gŽnŽreux et on a sauvŽ des villes entires!

 

DANIEL.- Et c'est de lˆ tout a?

 

ZECK.- En partie, de tous ces gens sauvŽs, des grappes noires en pagaille sur toutes les routes... Mais tu m'ennuies Daniel. Qu'est-ce que tu fais? Profite, qu'est-ce tu veux, conna”tre l'adresse du magasin et le nom de tous ces gens gŽnŽreux?

 

ANA.- Merci Zeck.

 

ZECK.- Voilˆ ce qu'on dit, merci, on dit pas o on a achetŽ et combien on a achetŽ, on dit merci beaucoup, sinon tu vexes celui qui fait le cadeau, c'est-ˆ-dire moi, qui croit qu'il s'est trompŽ ou que a pla”t pas beaucoup. Et quand on fait un cadeau si a pla”t pas, a rend triste non, non? C'est pas a? J'ai pas raison? Non?

 

ANA.- Si Zeck tu as raison. Merci beaucoup Zeck!

 

ZECK.- Une belle paysanne en manteau lŽopard, c'est pas beau? On n'y a pas le droit? Depuis quand? C'est ˆ nous qu'on a pris, volŽ, violŽ, pillŽ, rasŽ nos maisons, nous on pouvait pas fuir sur les routes avec notre argent, nous notre argent c'est la terre de nos anctres et a on peut pas l'emmener. Alors on aurait pas le droit de porter des manteaux de fourrure lŽopard par exemple?

 

DANIEL.- J'ai pas dit a Zeck.

 

ANA.- Il a pas dit a!

 

ZECK.- Ouais, j'ai bien vu ta tte va. Le genre un peu bougon dŽgožtŽ, sourire jaune, si, si sourire jaune hein sourire jaune, non?

Elle est pas belle ta mre comme a?

 

DANIEL.- ‚a change.

 

ANA.- C'est pas trs gentil a!

 

DANIEL.- C'est pas toi, toi t'es trs bien dedans, t'as pas changŽ, c'est le manteau, juste le manteau tout seul... Et l'amalgame des deux. ‚a fait bizarre...

 

ANA.- Et bien quoi?

 

DANIEL.- Ë qui il Žtait ce manteau avant, c'est ce que je me demandais? On dirait une ‰me prisonnire d'un corps Žtranger.

 

ZECK.- Ho tu recommences, tu te demandes un peu trop de choses toi! T'es con ou quoi, arrte de g‰cher le plaisir de ta mre, ho!

 

ANA.- Merci.

 

ZECK.- Qu'est-ce qui te prend? T'es devenu fou ou quoi?

Qu'est-ce que a peut faire? C'est de la belle fripe non? T'as qu'ˆ te dire que c'Žtait ˆ une pute ce manteau non? Ou ˆ une grosse bourgeoise mais fais pas chier avec gnagnagna ˆ qui c'Žtait!

 

 

DANIEL.- Ben justement...

 

ZECK.- Imagine ce que tu veux merde.

T'as qu'ˆ te dire une bohŽmienne! Une femme du monde, une escort girl!

 

DANIEL.- Ma mre en escort girl!

 

ZECK.- C'est un manteau donnŽ, donnŽ, il appartient ˆ plus personne... Ho t'es devenu fou ou quoi toi!

 

DANIEL.- Dire qu'on n'a mme pas de quoi manger et ma mre en escort girl, c'est simple et beau, j'en ai les larmes aux yeux!

 

ZECK.- T'as parlŽ trop vite, t'as parlŽ trop vite, regarde, regarde, regarde petit con au lieu de l'ouvrir, regarde!

J'ai aussi de la viande et du poisson sŽchŽs, du cafŽ, des cigarettes, des cigares, du sucre, de l'huile et du savon, du parfum, de l'alcool et du chocolat!

 

ANA.- Du chocolat!

 

ZECK.- Des magasins entiers de bouffe, tu vois si a peut te donner une idŽe, trois bombes l‰chŽes sur un supermarchŽ de 300 mtres de long. Ben nous on passait juste aprs quand c'est encore tout fumant, quand a sent encore vaguement le poulet grillŽ.

Et puis ˆ la fin... Fallait voir les routes et les drapeaux et les ftes... Alcool sodas chewing-gum... Fanfares, filles en pleurs, petits bals musettes un peu partout en notre honneur...

Et alors des cadeaux pour le mariage, j'en ai plein les poches... Des bijoux comme s'il en pleuvait!

 

DANIEL.- Les bijoux c'est pratique, c'est lŽger, a prend pas de place et a vaut son pesant de cacahutes!

 

ZECK.- Voilˆ c'est a! T'aurais fait un bon soldat.

Ana, ne dis rien ˆ ta fille, mais regarde ce que j'ai ramenŽ... Une belle robe de mariŽe et... Et? Deux alliances pour le mariage...

 

ANA.- C'est magnifique Zeck. Mais tu ne penses pas qu'on pourrait attendre un peu...

 

ZECK.- Attendre quoi?

 

ANA.- Pour le mariage.., que tout se calme... Qu'on retrouve notre maison...

 

ZECK.- Occupe-toi de recoudre cette robe... Et de la laver, de la repasser... Et de faire le nŽcessaire, commencez les prŽparatifs.

 

ANA.- Elle est trouŽe?

 

ZECK.- Des petits trous... Des petits accrocs par-ci par-lˆ.

Occupe-toi de tout a, je te fais confiance et Lucia l'essaiera pour le mariage.

 

 

6 ( Zeck, Ana, Lucia, Daniel )

 

Lucia appara”t comme par enchantement. Zeck semble tŽtanisŽ. Il s'allonge devant elle. Il est allongŽ les bras en croix face contre terre, dans une immobilitŽ parfaite.

 

 

ZECK.-  (soufflant doucement ) MA PROMISE, MA PROMISE.

 

LUCIA.- Relve-toi, relve-toi! Qu'est-ce que tu fais Zeck relve-toi je t'en supplie... Ne me laisse pas seule. Zeck! O mon Dieu tu n'as pas changŽ.

 

Il se relve. Elle se jette dans ses bras.

 

ZECK.- Toi non plus tu n'as pas changŽ.

 

LUCIA.- Tu es toujours le mme. Regarde-moi ho tes cheveux.

 

ZECK.- Un peu changŽ. Mais toi tu n'as jamais ŽtŽ aussi belle! Attends attends... J'ai plein de choses pour toi, des robes, des bijoux et et... Lucia, regarde!

 

LUCIA.- Qu'est-ce que c'est?

 

ZECK.- Regardez ce que j'ai! Un tŽlŽphone portable! Un tŽlŽphone portable! Avec ce tŽlŽphone, tu pourras toujours me prŽvenir en cas de problmes, la modernitŽ, plus jamais seuls! Tu ne seras plus jamais loin de moi. All™ j'arrive.

 

DANIEL.- Et qui tu veux appeler avec a?

 

ZECK.- Regarde! Regarde! ƒcoute, Žcoute un peu...

 

Zeck compose un numŽro. ‚a sonne. On entend la sonnerie qui rŽsonne sur lui-mme. Zeck prend l'autre tŽlŽphone tout en gardant le sien contre son oreille et tend l'autre ˆ Lucia.

 

LUCIA.- Qu'est-ce que j'en fais?

 

ZECK.- ƒcoute...

 

Zeck se sauve ˆ l'autre bout de la pice.

 

Tu m'entends lˆ?

 

LUCIA.- Oui je t'entends.

 

ZECK.- Je vais rentrer mon amour.

 

LUCIA.- Je t'attends.

 

ZECK.- J'arrive.

 

LUCIA.- Reviens vite.

 

ZECK.- Je reviens.

 

LUCIA.- Comme avant?

 

ZECK.- Comme avant, mais j'ai plein de choses ˆ te dire et ˆ te raconter...

 

LUCIA.- Moi aussi... Je t'attends...

 

ZECK.- (hurlant) C'est pas formidable a!

Zeck fonce dans les bras de Lucia et la fait tourner sur elle-mme.

 

LUCIA.- Ho Zeck...

 

ZECK.- Lucia...

 

LUCIA.- Je ne sais pas quoi te dire et te raconter excuse-moi... ‚a va?

 

ZECK.- ‚a va.

 

LUCIA.- On ne peut pas dire, tu as fait bon voyage. C'Žtait bien, on ne peut pas dire non plus... C'est a qui est triste c'est qu'on ne peut plus rien se dire...

 

ZECK.- Ne dis rien.

 

LUCIA.- Je suis heureuse de te voir, c'est tout. Comme tu m'as manquŽ.

 

ZECK.- Comme tu m'as manquŽ aussi.

 

Il la prend dans ses bras et l'embrasse et il la fait tourner. Pendant le baiser, on voit appara”tre la tte du dŽbut, le spectre comme une apparition.

 

LUCIA.- Arrte, arrte... L‰che-moi! L‰che-moi! S'il te pla”t... S'il te pla”t...

 Zeck la l‰che.

Excuse-moi, excuse-moi... J'ai vu quelque chose lˆ, quelqu'un, j'ai la tte qui tourne!

 

ZECK.- O a?

 

LUCIA.- Lˆ...

 

ZECK.- Il n'y a personne lˆ. Tu as dž rver.

 

LUCIA.- Oui... J'ai dž rver. Excuse-moi, excuse-moi, c'est ma tte, a tourne, a tourne, il faut que j'aille m'allonger un peu, a m'a fait comme un flash, c'est l'Žmotion, tout a d'un coup...

Lucia va s'allonger un peu.

 

ZECK.- Houla a va aller?

 

LUCIA.- ‚a va allerÉLaisse-moi s'il te pla”tÉ

 

 

7 ( Zeck, Ana, Lucia, Daniel )

 

 

Zeck va chercher un paquet rond entourŽ de linges.

 

ZECK.- Bon, je fais tout d'un coup... Et a c'est pour toi Daniel mon ami!

 

DANIEL.- C'est quoi?

 

ZECK.- Regarde, regarde, ce que je t'ai rapportŽ!

 

Daniel ouvre le paquet. C'est une tte coupŽe. Daniel pousse un hurlement.

 

DANIEL.- C'EST QUOI ‚A?

 

ZECK.- L'honneur de ta famille, de moi, de nous. La tte d'un de ceux qui ont violŽ ta soeur, mon amour. Oui, j'ai fait a pour elle.

 

DANIEL.- T'es malade! Fous-moi a dehors!

 

ANA.- Merde qu'est-ce que c'est que a. Fous-moi a dehors s'il te pla”t.

 

DANIEL.- Tu es devenu fou ou quoi?

 

ZECK.- Quoi fou, c'est toi qui me dis a? Tu ne sais mme pas ce que j'ai vu! Alors tais-toi cette tte est ˆ toi!

Voilˆ moi, o j'ai pu aller pour elle, pour vous, pour nous sauver nous tous. Voilˆ le pourquoi vous tes vivants et au chaud, aujourd'hui, voilˆ le prix des choses, jusqu'o je peux aller pour vous prŽserver et lui montrer l'amour que j'ai pour elle, voilˆ la tte d'un de ces fils de pute qui l'ont violŽe.

 

DANIEL.- Vire-moi a tout de suite.

 

ZECK.- C'est ˆ toi, c'est ton cadeau mon ami!

 

DANIEL.- Fous-moi a dehors!

 

ZECK.- Je n'y toucherai plus, tu te dŽmerdes avec ta tte!

Ha lˆ tu ne me demandes pas o je l'ai trouvŽ ou achetŽ le cadeau et combien il a cožtŽ celui-lˆ. Il m'a cožtŽ trs cher. Trs trs cher ou peuttre rien du tout, totalement gratuit.

 

ANA.- C'est une infection. S'il vous pla”t par pitiŽ... Enlevez-moi a c'est horrible.

 

ZECK.- Ha oui a pue? Je me rends plus compte, je vous jure, je sens plus rien, j'ai les narines collŽes et les poumons pleins de charognes!

 

ANA.- Va enterrer a dehors, je t'en prie!

 

Daniel en poussant des petits cris de dŽgožt referme le linge sur la tte, fait rapidement un noeud avec les bouts et la sort dans le jardin.

 

 

DANIEL.- Je vais la jeter dans la rivire.

 

ZECK.- Pourquoi le jeter dans la rivire ce fils de pute? Y a son corps lˆ-bas et sa tte ici.

Donne-le ˆ bouffer aux chats et aux chiens. Ou empale-le sur un pieu dehors. C'est tout ce que a vaut.

 

DANIEL.- Je vais ˆ la rivire.

 

ZECK.- Fais comme tu le sens.

Il voit revenir Lucia tout doucement puis ressortir.

Qu'est-ce qu'elle fait? Pourquoi elle s'en va?

 

ANA.- Tu te demandes pourquoi, pour rien, tout est normal, y a pas de problmes, on doit pouvoir s'y habituer, non?

 

ZECK.- Ë quoi?

 

ANA.- Ë toute cette horreur. De toutes faons au point o on en est...

 

ZECK.- Tu me caches des choses la mre ou y a des trucs que tu veux pas me dire la mre qu'y a pas loin, je le vois dans tes yeux, un truc derrire que tu caches?

 

ANA.- J'ai rien ˆ cacher moi je te jure...

Je voulais te dire que... Lucia est encore fragile et ce que tu as fait lˆ...

 

ZECK.- Qu'est-ce que j'ai fait?

 

ANA.- La tte... Cette saloperie..que t'as ramenŽe.

 

ZECK.- Et ben quoi?

 

ANA.- C'est terrible. De ramener a ici, tu te rends compte? Ho Zeck?

 

ZECK.- Merde, j'ai fait n'importe quoi ou quoi...

 

ANA.- Tu n'as rien ˆ nous prouver. Rien. On ne te demande rien. Tu as ŽtŽ trop loin pour nous lˆ... Il faut que tu comprennes...

 

ZECK.- C'Žtait pour qu'elle me croie... Qu'elle sache que j'ai souffert et que j'ai vu des choses qu'un homme ne devrait jamais voir. L'enfer est lˆ tout proche, son souffle nausŽabond, dŽgueulasse, sa couleur terrible o toute couleur a disparu, neige et boue, fumŽes Žpaisses, feu dans les maisons comme des carcasses.

Btes hurlantes ou calcinŽes. Vers grouillants, mouches noires. J'ai vu les corps, les dents, les yeux des hommes et des femmes disloquŽs au bord des chemins...

 

ANA.- On te croit. On imagine. Ne dis plus rien ou parle, fais comme tu veux... Repose-toi... Repose-toi...

 

ZECK.- Alors j'ai fait une connerie?

 

ANA.- Oublie tout a.

 

ZECK.- C'Žtait pour en finir avec la haine. Il est tombŽ devant moi. Et j'ai pris la tte voilˆ. On oublie vite, c'est rond et lourd point. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise de plus?

Je pensais... Enfin pas bien faire mais presque... Putain a me fait de la peine que vous le preniez de haut comme a, a partait d'un bon sentiment. Je veux dire une attention... Un truc Žmotionnel, fort, se venger. ‚a me peine que a vous peine.

Je veux Žpouser ta fille. C'est tout ce que je veux et rien d'autre. Je veux Žpouser ta fille.

 

ANA.- On va prendre le temps de faire de beaux prŽparatifs... Avec ce

que tu as ramenŽ ˆ manger, ˆ fumer, ˆ boire, a va tre une belle fte Zeck . Une fte comme on n'en a plus vu depuis longtemps.

 

ZECK.- Trop longtemps.

 

Il s'allume un cigare et sort. Noir.

 

 

8 (Ana, Lucia, )

 

 

ANA.- Regarde la robe qu'il m'a donnŽe pour toi... Il veut t'Žpouser.

 

LUCIA.- Oui.

 

ANA.- Comment a oui, il veut t'Žpouser tout de suite, lˆ dans les jours qui viennent.

 

LUCIA.- Ben oui. Je dis oui.

 

ANA.- Mais tu ne peux pas pour l'instant.

 

LUCIA.- Ben si.

 

ANA.- Tu es innocente ou quoi?

Mais il ne sait toujours pas que tu es grosse. Je crois qu'il ne s'est jamais posŽ la question une seule fois que tu pourrais avoir quelque chose dans le ventre... Ou il ne veut pas voir ou il est aveugle ou fou d'amour ou compltement innocent comme toi. Mais s'il l'apprend, je ne sais pas ce qui va se passer...

 

LUCIA.- Et alors? C'est pas grave.

 

ANA.- C'est pas grave? Mais quand a va lui pŽter ˆ la gueule... ‚a va lui pŽter ˆ la gueule!

 

LUCIA.- Avant, aprs sa venue, on en est toujours au mme point. On tourne en rond.

 

ANA.- Je t'avais dit de le dire d'entrŽe, faut lui dire. Il croit qu'il va se

marier avec toi la semaine prochaine au pire.

 

LUCIA.- II va comprendre, je vais lui expliquer en prenant le temps et il va comprendre...

 

ANA.- Il faudra bien qu'il comprenne sinon...

 

LUCIA.- Sinon quoi?

 

ANA.- Sinon il ne voudra plus se marier avec toi, et va repartir aussi sec.

 

LUCIA.- Alors qu'est-ce que je peux faire? Il n'y a plus rien ˆ faire.

 

ANA.- Respirer c'est dŽjˆ prier disait ta grand mre. Prier et espŽrer. Attendre et voir, il n'y a plus que a ˆ faire.

 

LUCIA.- O mon Dieu, qu'est-ce qui se passe, moi qui me suis dit tellement de fois comment j'allais faire et que a marchait que lˆ je ne sais plus comment avoir le courage d'attaquer le premier mot.

Mon Dieu comment je vais faire pour lui dire.

 

ANA.- ƒcoute-toi.

 

LUCIA.- Je m'Žcoute, je ne fais que a de m'Žcouter, j'entends mon coeur qui bat, j'entends mon souffle aller et venir lentement, le flux dans mes veines, les petites taches lumineuses quand je ferme les yeux et des caresses dans mon ventre comme des battements d'ailes de papillon.

 

La mre sort avec la robe. Lucia reste seule. Elle prend sa tte dans les mains. Et s'Žcroule. AgenouillŽe face contre terre et paumes vers le ciel.

 

 

 

 

 

9 ( Ibrim, Lucia puis Daniel et Zeck puis Ana )

 

Ibrim appara”t en flottant comme par enchantement. Il est nu, avec juste un linge entre les jambes. Son corps est recouvert d'une p‰te blanch‰tre. Les cheveux aussi.

Lucia est prise d'un tremblement.

 

IBRIM.- N'ayez pas peur et que la paix soit avec vous...

Il y a beaucoup d'hommes comme moi sur les chemins, dans les villes et villages rasŽs, flottant dans les maisons ŽventrŽes, cherchant une porte de sortie, vous ne pouvez pas imaginer ce qui se passe ici. Ils reviennent chez eux et ne comprennent pas que tout est fini, ils s'accrochent ˆ des endroits, regardent leurs corps gisant, le cadavre refroidi o plus rien ne gicle ni ne jaillit, ne comprenant plus, errant dans les voitures au travers des carrosseries et des murs, stagnant autour de feux sans chaleur, planant au-delˆ de la cime des arbres dans les forts noires et lugubres, attirŽs par la lime attractive puis tombant dans un puit tourbillonnant, toutes ces ‰mes perdues qui cherchent ˆ gagner les cercles de la lune sont rabattues par des vents violents comme des armŽes d'oiseaux pris dans la tempte...

Ils ne sentent plus, ne respirant plus que d'une dr™le de manire, bougeant d'une dr™le de manire.

Blancheurs dans la nuit, tra”nant autour des trŽsors, que d'hommes et d'‰mes perdus un peu partout dans le silence le plus complet, avec des oiseaux qui ne sifflent plus, des obus Žclatant sans faire de bruit. La pluie ne mouille plus. L'eau des torrents ne fait plus de roulis et les poules caquettent en silence, les m™mes jouent au foot et claquent des buts en silence. Chacun dans sa propre obscure obscuritŽ, ne levant plus jamais la tte. DŽvorŽ d'angoisse. Une pierre pourrie ˆ la place du coeur pour certains.

Ne voyant plus le bout du tunnel, rien qu'une immobile incomprŽhension. Flottant dans l'amenti.

Je sais ˆ prŽsent. Je suis lˆ et je sais maintenant pourquoi.

 

LUCIA.- Qui qui tes-vous?

 

IBRIM.- Ibrim.

 

LUCIA.- S'il vous pla”t... Qu'est-ce que vous voulez? N'approchez pas...

 

IBRIM.- Je reste lˆ, je ne veux pas vous abandonner comme a et partir...

 

LUCIA.- Qu'est-ce que vous vous voulez?

 

IBRIM.- Vous demander pardon!

 

LUCIA.- Au secours, au secours!

 

Daniel arrive en courant suivi de Zeck qui tient une arme ˆ la main.

 

ZECK.- Qu'est-ce qui se passe?

 

LUCIA.- Y a y a quelqu'un.

 

ZECK.- Tu as vu quelqu'un rentrer dans la maison, comment il Žtait?

 

LUCIA.- Lˆ... Lˆ... Il est lˆ encore...

 

On voit toujours Ibrim mais visiblement, elle est la seule ˆ le voir.

 

ZECK.- Qu'est-ce qu'il y a lˆ?

 

LUCIA.- Lˆ... Lˆ... Regardez... Regardez! .

 

ZECK.- Quoi, t'as vu une souris, un rat? C'est plein de rats ici... T'as entendu une chouette, une dame blanche s'envoler.

Lucia se met ˆ pleurer.

 

LUCIA.- Mais vous, vous ne voyez pas! Vous ne voyez pas, dans l'ombre de la porte!

 

ZECK.- Y a rien... Regarde! Regarde! Y a que nous!

 

LUCIA.- Mon Dieu protŽgez-moi!

 

DANIEL.- Il faut que tu ailles te reposer ˆ prŽsent.

 

LUCIA.- Mais je ne veux pas me reposer... Je veux que vous voyiez et que vous entendiez ce que je vois et ce que j'entends!

 

IBRIM.- Excuse-moi... Je m'en vais, mais je reviendrai...

 

LUCIA.- N000N!

Vous l'entendez, vous l'entendez!

 

ZECK.- On n'entend rien, y a rien! C'est peut-tre un chat qui miaule dehors!

 

LUCIA.- C'est pas un chat... Y a quelqu'un lˆ dans le coin du mur qui me paaarle et qui me dit je m'en vais mais je reviendrai.

 

Zeck se dirige vers la porte le fusil ˆ l'Žpaule.

 

IBRIM.- Toi seule peut me voir et m'entendre.

 

LUCIA.- (se mettant les mains sur les oreilles) Arrtez! AU SECOURS! AU SECOURS!

 

ANA.- Qu'est-ce qui se passe?

 

ZECK.- II se passe que ta fille entend des voix!

 

LUCIA.- Y a quelqu'un lˆ qui me parle... Je connais son visage, je connais cet homme... Allez voir dehors...

 

ANA.- Mais il n'y a personne ici, que nous!

 

LUCIA.- Non je vous dis qu'il y a quelqu'un, quelqu'un qui... lˆ... Lˆ derrire, juste devant la porte! Allez voir dehors si la tte est toujours lˆ...

 

ANA.- Calme-toi... Calme-toi...

Tu as dž t'endormir et te rŽveiller dans un rve.

 

LUCIA.- Un cauchemar, c'est un cauchemar

 

ANA.- Voilˆ, c'Žtait un cauchemar... Rien qu'un vilain cauchemar.

 

LUCIA.- Mais il Žtait lˆ dans le coin, je le voyais, il m'a parlŽ...

 

ZECK.- Qu'est-ce qu'il t'a dit?

 

LUCIA.- Pardon... C'est la tte... La tte... C'est la tte que tu as ramenŽe, elle parlait.

 

ZECK.- La tte!

 

LUCIA.- Oui la tte, la tte coupŽe, c'Žtait lui!

 

Noir.

 

 

10 ( Zeck, Daniel, Lucia off)

 

 

Lumire, petit matin.

 

ZECK.- Je n'aime pas a, pas a du tout, je n'aime pas cet endroit, je ne sais pas pourquoi mais je n'aime pas cet endroit. Il faut faire quelque chose avec ta soeur, elle est fatiguŽe... Elle dŽbloque compltement. Merde. Qu'est-ce qui se passe?

 

DANIEL.- Tu demandes ce qui se passe? C'est ˆ cause de toi tout a!

 

ZECK.- De moi?

 

DANIEL.- De ramener cette tte et de me la montrer devant ma sour! La tte d'un des mecs qui l'ont violŽe, tu vois pas le problme!

 

ZECK.- Toi qui es plein de reproches. Qu'est-ce tu as fait pendant tous ces mois alors, toi qui n'es mme pas parti te battre, dis-moi?

 

DANIEL.- Rien.

 

ZECK.- On ne peut pas rien faire.

 

DANIEL.- Si moi, je n'ai rien fait. Ni le bien, ni le mal, rien nada... que dalle.

 

ZECK.- C'est pas possible, nous on Žtait lˆ ˆ se chier dessus de peur, ˆ

se faire dŽcouper en morceaux, ˆ se faire exploser le cul et Monsieur foutait rien pendant ce temps-lˆ, je peux pas y croire.

 

DANIEL.- Crois-moi, bon je dis pas parfois j'allais me balader ou me baigner ˆ la rivire, ou je prenais le soleil ou j'allais ramasser des ch‰taignes ou ramasser un peu de bois, je coupais des pommes pour faire de la tarte. De temps en temps une cigarette, un fond de cafŽ, un peu de fromage, tranquille ˆ voir crŽpiter le feu, ˆ peigner les cheveux de ma sour, des trucs comme a, ˆ se parler pour leur remonter le moral.

 

ZECK.- Ce sont les neutres comme toi, les pacifistes qui donnent les armes ˆ nos ennemis, qui par peur collaborent et s'Žcrasent puis administrent et envoient dans les camps leur propre peuple.

 

DANIEL.- Si a peut te rassurer ou te consoler. Crois et pense ce que tu veux, jusqu'ˆ prŽsent tu es mon ami, tu es libre de penser ce que tu veux.

 

ZECK.- Ouais, j'ai l'impression qu'on n'a pas fait la mme guerre lˆ...

 

DANIEL.- T'as peut-tre raison.

 

ZECK.- Moi Je vais tout retrouver, tout, tout ce que j'avais avant mais en mieux, je veux retrouver ma terre. ‚a n'aura pas ŽtŽ un combat pour rien.

 

DANIEL.- Mais tu y faisais rien sur cette terre. Tu ne faisais qu'y voir pousser les choses que tu plantais pour les autres. De pauvres arbustes malingres avec quelques fruits, quelques olives. Une dizaine de chvres et de moutons. Laisse-moi rire. Et aujourd'hui que tu n'as plus a, tu veux retrouver ce que tu as perdu, tu as un but, magnifique! Tu as un but!

 

ZECK.- Qu'est-ce que tu as toi ˆ part une grande gueule?

 

DANIEL.- Je n'ai rien absolument rien, mais je le sais et j'en n'ai rien ˆ foutre. Mais toi tu as un but magnifique, retrouver ta vie de merde d'avant, et tu es prt ˆ mourir pour a! Alors que tu n'es jamais sorti de chez toi, que tu n'es jamais allŽ au restaurant avant la guerre, le seul restaurant que tu connaisses n'est pas un restaurant mais un tripot, une arrire-salle o tu jouais aux dominos, o on ne servait que des frites ou de gros fayots rouges agrŽmentŽs d'oignons.

Lˆ o tu amenais ma sour ˆ manger. J'allais dire ˆ vomir. Lˆ o elle t'attendait des heures interminables quand tu jouais aux cartes saloperie de merde. Ta vie d'avant, fais-moi rire.

 

ZECK.- Je ferai tout pour retrouver les mmes joueurs de dominos autour de la mme table, dans ce tripot, lˆ o j'ai appris ˆ jouer en regardant les vieux. Je payerai cher pour retrouver le gožt des fayots. Et ta soeur, elle les adorait les fayots rouges.

Lucia! Lucia! Lucia!

 

LUCIA.- (off) Qu'est-ce qu'il y a?

 

ZECK.- Hein que tu les aimais les gros fayots rouges?

 

LUCIA.- (off) Je me rappelle plus du gožt qu'ils avaient...

 

ZECK.- C'est pas possible. Fais un effort bordel quand on allait le jeudi soir jouer aux dominos. Tu te rappelles les gros fayots rouges avec de l'oignon que tu laissais toujours sur le bord de ton assiette, quand tu me donnais tes petits morceaux de viande bouillie.

 

LUCIA.- (off) ‚a sentait la viande fumŽe ta viande bouillie.

 

ZECK.- Voilˆ, voilˆ tu t'en rappelles!

 

DANIEL.- Magnifique! Et tu les aimais?

 

LUCIA.- (off) J'Žtais amoureuse... Je vais essayer la robe!

 

Un temps.

 

ZECK.- Je t'ai pas dit mais j'ai ŽtŽ sur un lieu de fouille qu'on encadrait top dŽfense et les mecs lˆ-bas les archŽologues, ils ont trouvŽ des trucs incroyables, des ossements des bouts de carrelage et de pierres et les motifs prouvent quoi et puis aussi une petite hachette enfin y avait que le fer pas le bois, t'aurais vu le bout de fer tout bouffŽ mais bon, des preuves quoi de notre appartenance ˆ cette terre depuis toujours. De notre histoire et du combat ˆ livrer pour retrouver notre terre!

 

DANIEL.- Ho mais qu'est-ce qui te prend, quelle histoire ou plut™t de notre histoire commune et Žternelle que nous entretenons frres d'hier et ennemi mortel aujourd'hui?

 

ZECK.- Nos archŽologues qui ont retrouvŽ des traces, les hommes politiques, les religieux, l'encadrement de l'armŽe tous... Ils sont tous d'accord. Y a pas l'ombre d'un problme. C'est ˆ nous. On Žtait lˆ avant. Bien avant au commencement. C'Žtait nous.

 

DANIEL.- Est-ce que tu sais ce que pensaient tes parents toi?

C'Žtait un village ˆ c™tŽ d'autres villages. Ils se mariaient les uns les autres malgrŽ les interdits. Ils parlaient peut-tre de ville. Ou peut-tre que a les faisait rver la ville. Mais c'est tout. Pas plus. Ils vivaient. Ils vivaient tranquilles les uns avec les autres dans les vignes et les arbres fruitiers. Ils vivaient, plantaient, rŽcoltaient, s'aimaient, se mariaient, mouraient, s'enterraient non loin des vignes, des cyprs et des arbres fruitiers. Et voilˆ! Ils bouclaient la boucle.

 

ZECK.- Qu'est-ce que t'en sais plus que moi, toi?

 

DANIEL.- Est-ce qu'ils seraient si fiers de toi? Toi ramenant une tte comme une boule de bowling... De te voir dans ce sale Žtat comme a aujourd'hui!

 

ZECK.- Peut-tre...

 

DANIEL.- Et nos alliŽs d'aujourd'hui, si on en a, seront peut-tre nos ennemis demain qui sait? Et vice versa.

 

ZECK.- Et vice versa c'est pas possible!

 

DANIEL.- Et les Chinois, tu y as pensŽ ˆ eux, les Chinois, l'Asie.

Tes ennemis d'aujourd'hui deviendront bien vite tes alliŽs les plus sžrs demain, qui sait? Non?

 

ZECK.- Tu dis n'importe quoi! Tu dis, non tu dis? Que nos ennemis a pourrait tre nos alliŽs bient™t si y avaient les Chinois?

 

DANIEL.- Les Chinois ou n'importe qui. Comme sur un claquement de doigt, une dŽclaration!

Aujourd'hui, on se bat pour des frontires, pour des dŽfinitions religieuses, des lieux saints, pour le gaz, le pŽtrole, les orangeraies, demain on se battra tous pour l'eau. L'accs ˆ l'eau. Tu verras, la terre va se rŽchauffer encore plus, la mer va monter avec la fonte des glaces puis va baisser, se rŽchauffer et les poissons vont crever, tous crever et remonter ˆ la surface comme dans les rivires polluŽes, mais lˆ ce sera la mer comme du feu, tous les poissons le ventre en l'air, les gros comme les petits, des milliards de ventres ˆ la surface de l'eau, asphyxiŽs.

Et l'homme rongera les Žcorces, m‰chouillera les dernires herbes et les dernires feuilles. Et on se battra pour le sel et ce sera les guerres du sel ˆ travers les dŽserts. Et la terre sera recouverte de scorpions et de crabes... De fourmis, de moustiques, de sauterelles qui s'abattront et piqueront et suceront les hommes. Les hommes seront recouverts de plaies, de bržlures, de maladies de peau, de bubons et s'Žtoufferont. Ce sera les guerres pour le sel et les derniers hommes tra”neront ˆ travers les dŽserts et on verra se tordre le ciel comme un grand mirage.

 

ZECK.- Tu dis n'importe quoi! Arrte!

 

DANIEL.- Si tu veux.

Et pour qui tu te bats toi? Pour qui ou pour quoi, tu le sais au moins?

 

ZECK.- Je me bats pour ma maison, pour ceux que j'aime, pour ma terre, lˆ o sont enterrŽs ceux que j'aime.

Tu comprends mieux lˆ?

 

DANIEL.- Ma terre. Ta terre. Notre terre. Lˆ o sont enterrŽs nos morts. Les n™tres. Ë nous. Parmi d'autres corps. Ë eux. Peut-tre ˆ eux aussi non tu crois pas?

 

ZECK.- Je n'entends pas ce que tu me dis. Tu me g‰ches!

 

DANIEL.- Quoi?

 

ZECK.- Tu me g‰ches mon plaisir. J'attends ta frangine avec sa nouvelle robe et toi tu me fais chier avec la politique!

 

DANIEL.- Je ne te parle pas politique, je te parle de ton pre, de ton grand-pre, tu es sžr de ton pre?

 

ZECK.- Quoi qu'est-ce tu dis t'es fou, retire a tout de suite ce que tu dis sur mon pre, paix ˆ son ‰me!

 

DANIEL.- Qu'est-ce qui te dŽrange? Certains pensent qu'on n'est sžr que d'un homme dans la famille, l'oncle, le frre de la mre, sorti tous deux du ventre de la grand-mre, l'oncle on en est sžr mais du pre, jamais.

Regarde un peu, imaginons, t'imagines, si un jour ma sour avait un enfant, cet enfant ne serait sžr que de moi, tu comprends?

 

ZECK.- Je comprends que tu m'embrouilles!

Merde qu'est-ce tu me racontes bordel de merde avec le frre et l'oncle, et les Chinois et le bordel!

 

DANIEL.- Tu comprends le problme, que tu sois le pre ou non!

 

ZECK.- C'est toi le problme avec tes trucs ˆ la con! Mais comment tu te permets? Mais comment tu peux te permettre d'tre comme a avec moi. Moi qui me suis chiŽ dessus pour toi, moi qui me suis battu pour toi, pourquoi tu m'emmerdes!

 

DANIEL.- Personne s'est battu pour moi Zeck! Jamais. Toi comme les autres!

 

ZECK.- J'ai tuŽ des hommes pour toi!

 

DANIEL.- Va te faire foutre, t'as tuŽ personne pour moi, ni en mon nom, ni en rien, tu n'as rien lavŽ, ni les affronts, ni le malheur ni rien! On ne lave pas le sang avec le sang, mais avec de l'eau!

J'en ai rien ˆ foutre. Tu peux te battre pour ce que tu veux, j'y crois pas. Il n'y a ni sincŽritŽ, ni amour, ni connaissance dans ce pays. Mais parjures et mensonges, assassinats et vols, meurtres sur meurtres.

Laisse-moi te dire que je ne crois plus en vous, ni en vos Dieux, ni en vos histoires, ni en vos nations, ni en vos uniformes. Je mŽprise vos couleurs, vos ftes, vos victoires, vos dŽfaites, je ne reconnais plus vos routes ni vos frontires, vos, vos, vos, vos idŽes, vos pensŽes, qui vous a mis a dans la tte?

Ë prŽsent que le droit coule comme l'eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas! N'oublie pas.

 

ZECK.- ARRæTE! TA GUEULE, TU M'EMMERDES!

 

DANIEL.- Si tu veux.

 

 

Silence.

 

 

11 ( Zeck, Daniel ?, Lucia, Ana )

 

Lucia revient avec la robe de mariŽe suivie de sa mre Ana. Elle a un voile sur la tte et tourne doucement autour de Zeck.

 

ZECK.- Que tu es belle! Ton corps visible et invisible ˆ la fois, toute cette dentelle flottante, comme tu es belle...

Excuse-moi mon amour pour la tte... Ta mre et ton frre m'ont dit que c'Žtait pas correct ce que j'avais fait lˆ et je m'en excuse encore une fois. Aprs tout ce que j'ai vu pendant ces derniers mois, c'Žtait presque anodin, comme un trophŽe quoi... Une tte de sanglier... Je suis dŽsolŽ, je vois bien que j'ai fait quelque chose de pas comme il faut quoi, j'ai an peu dŽrapŽ, c'est comme les pattes de poulets qu'on s'accrochait dans les cheveux gamins tu te rappelles, les pattes des petits poulets...

 

LUCIA.- C'est pas les pattes de petits poulets lˆ.

 

ZECK.- Non mais c'Žtait l'image pour le feeling quoi, te dire que a partait sur un truc d'honneur et... J'ai voulu prouver ˆ ton frre tu sais quoi, que j'avais vengŽ votre nom et...

 

LUCIA.- Je suis un peu fatiguŽe... J'en ai assez d'entendre tout a. Je t'aime tellement fort Zeck. Mais je suis un peu fatiguŽe.

 

ZECK.- Moi aussi je suis fatiguŽ, c'est lˆ, un truc qui se balade en moi, qui me prend ˆ la nuque derrire la tte, qui me fait mal derrire les yeux, qui me rŽveille la nuit tellement je m'agite, c'est comme toi quoi, dans le mme Žtat...

C'est le cauchemar que t'as fait avec la tte et tout, a te travaille, mais c'est normal... Excuse-moi.

 

LUCIA.- Je ne sais plus ce qui est normal aujourd'hui...

 

ZECK.- Que tu m'aimes... ‚a c'est normal...

 

LUCIA.- C'est normal...

 

ZECK.- C'est normal tes cauchemars, a a une influence quoi sur toi et a te travaille et a te fatigue quoi c'est tout. C'est comme les jambes lourdes.

 

LUCIA.- Non Zeck c'est pas le cauchemar... C'est... C'est... C'est que je suis vraiment fatiguŽe de tout a...

 

ZECK.- Moi aussi, moi aussi si tu savais comme j'aimerais que ce soit diffŽrent, mais a va changer bient™t.

 

LUCIA.- Oui trs bient™t.

 

ZECK.- On va retourner chez nous.

 

LUCIA.- On va retourner chez nous?

 

ZECK.- On va retourner chez nous.

Et on va t‰cher d'oublier tout a, tout ce que tu as vŽcu et ce que j'ai vŽcu tout a on va l'oublier et recommencer notre vie.

 

LUCIA.- C'est a recommenons tout ˆ zŽro. Nous avons tout le temps devant nous. Le monde doit tre beau Zeck.

 

ZECK.- Si tu le dis...

C'est dr™le mais aprs un bombardement, je ne sais pas si les oiseaux arrtent de chanter ou s'ils recommencent de chanter. Incapable de me souvenir si a chantait ou non. Le froid gicle dans les veines et glace la tte comme de petites aiguilles un peu partout. L'eau est noire et sale, des flaques d'essence brillante autour des corps informes flottant comme des chats crevŽs, des flocons de feu, des bulles de sang.

Tu sais les histoires des anges dŽchus, tout a lˆ j'y crois aprs ce que j'ai vu, des hommes suspendus par les paupires au-dessus du feu, des hommes et des femmes... Je ne vais rien te raconter, pas les dŽtails, pas les dŽtails, a ne sert ˆ rien. Faut qu'on oublie.

 

LUCIA.- Oublions, oublions tout... Zeck ne dis rien... Le monde doit tre beau, c'est Žcrit, j'ai vu les photos et les magazines et les publicitŽs bord de mer et cocotiers... Le monde est beau Zeck, il faut continuer ˆ le croire Zeck... Tu le sais non?

 

ZECK.- Quoi?

 

LUCIA.- Que le monde est beau! Tu ne voudrais pas me poser une question ou tu ne t'es jamais posŽ de questions...

 

ZECK.- Quoi?

 

LUCIA.- Aprs ce qui s'est passŽ... Pour moi...

 

ZECK.- Et ben quoi?

 

LUCIA.- Ce qui m'est arrivŽ...

 

ZECK.- Oui...

 

LUCIA.- Et tu ne t'es pas posŽ de questions plus loin que a?

 

ZECK.- Si... J'ai demandŽ ˆ ta mre si psychologiquement a allait...

 

LUCIA.- Ha bon... Et qu'est-ce qu'elle t'a rŽpondu?

 

ZECK.- Que a allait plut™t mieux.      j

 

LUCIA.- Plut™t mieux que quoi?

 

ZECK.- Plut™t mieux. C'est tout. Comme une amŽlioration, que a allait de mieux en mieux quoi.

 

LUCIA.- C'est bien.

 

ZECK.- C'est ce qu'elle a dit. Mais je viens de voir que tu es fragile mon amour. Je te ferai oublier tout a...

 

LUCIA.- Bon. C'est vrai que a va mieux, de mieux en mieux en mieux en mieux. Lˆ je suis en pleine forme... Et fragile si tu vois ce que je veux dire?

 

ZECK.- Oui. Je sais ce que tu penses.

 

LUCIA.- Oui. Je t'en prie dis-moi... Pose-moi des questions, je t'en prie...

 

ZECK.- Te poser des questions... Savoir si je suis le mme, si tu m'aimes toujours... Tout a...

 

LUCIA.- Non Zeck, pas a.

 

ZECK.- Pour le mariage? Tourne un peu sur toi-mme, montre-moi cette robe... Tu vas tre la plus belle des mariŽes, tu vas tre...

 

 

12 ( Zeck, Daniel ?, Lucia, Ana )

 

 

 

Lucia tourne sur elle-mme et tombe dans les pommes.

 

 

 

 

13 ( Zeck, Daniel ?, Lucia, Ana, Ibrim )

 

 

 

IBRIM.- Tu auras un enfant qui glissera en toi comme de l'eau... Au travers de toi. Et cet enfant sera porteur d'amour, de lumire, de rŽconciliation, d'alliance et d'espŽrance, tu l'appelleras Emmanuelle.

RŽjouis-toi... Car cet enfant entra”nera nombre de bouleversements...

II y a diversitŽ de gr‰ces, mais c'est le mme esprit, il y a diversitŽ de ministres, mais c'est le mme Seigneur, il y a diversitŽ d'opŽrations, mais c'est le mme Dieu qui opre tout en tous.

Il y a en effet deux mains, parce qu'il y a deux peuples dispersŽs aux extrŽmitŽs de la terre, mais au centre il n'y a qu'une seule tte parce qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui est au-dessus de toutes choses et en nous tous. L'‰me qui conna”t Dieu s'Žlve dans l'univers comme la crme appara”t ˆ la surface du lait.

Car dŽsormais le loup habitera avec l'agneau, la panthre se couchera prs du chevreau, veau, taureau et lion pourront pa”tre ensemble et leurs petits seront ensemble, le lion comme le boeuf mangera de la paille. Le petit enfant mettra sa main dans le nid de la vipre en toute confiance et le serpent mangera de la terre en guise de pain, l'homme brisera la coquille et mangera l'amande et ce jour lˆ on ne fera plus de mal ni de ravages sur toute la Sainte-montagne, de mme que les eaux couvrent le fond des mers toute la terre sera remplie de connaissances du Seigneur... Et ce jour-lˆ on ne dira plus les pres ont mangŽ des raisins verts et les dents des fils sont agacŽes.

 

 

14 ( Zeck, Daniel ?, Lucia, Ana )

 

 

LUCIA.- (tout doucement, comme dans un souffle, sortant d'un rve, elle ouvre les yeux doucement) Zeck... Au dŽbut c'Žtait lˆ dans mon ventre comme une souillure mon ventre et l'envie de mourir et c'est remontŽ, du ventre, vers mes seins et puis voilˆ, il n'y avait rien et puis un jour il y avait tout, le sang qui coule dans mes veines, fibre aprs fibre et puis c'est passŽ du ventre ˆ ma tte... C'est en moi, presque d'une faon lumineuse ˆ prŽsent...

Qu'est-ce que tu vas penser de mon ventre...

 

ZECK.- Qu'est-ce que tu dis? Qu'est-ce que tu racontes?

 

LUCIA.- Mon ventre. Touche mon ventre. Toutes ces bandelettes pour toi. Juste pour toi.

 

ZECK.- Ho non ne me dis pas que...

 

LUCIA.- Si Zeck, toutes ces bandelettes pour te cacher la vŽritŽ Zeck, je suis enceinte. Voilˆ.

 

ZECK.- NON! N000N! Pourquoi, N000N?

 

ANA.- On n'a pas pu Zeck.

 

ZECK.- On n'a pas pu, qui on? T'as pas pu quoi bordel de merde?

 

LUCIA.- Nous. On n'a pas pu, on a cherchŽ...

 

ANA.- (intervenant) On a cherchŽ Zeck. On a cherchŽ et on n'a pas trouvŽ. Y avait plus d'h™pitaux et dans les infirmeries, y avait trop de travail avec les hommes que y avait pas le temps de s'occuper des femmes... pour faire ce genre de choses et trop de femmes dans le mme cas que nous et aprs il Žtait trop tard Zeck...

 

ZECK.- Trop tard pour quoi?

 

LUCIA.- Pour perdre cet enfant. J'ai tout fait, les litres de thŽ, les lavements, les coups de poing, les coups de pieds, tomber dans les escaliers...

 

ZECK.- Cet enfant? Tu dis cet enfant! C'est rien qu'un ennemi, ils ont rŽussi ces enculŽs, c'Žtait planifiŽ de nous engrosser, de mettre le mal en nous, c'est un trou noir, du malheur, et tu dis cet enfant!

 

LUCIA.- Oui cet enfant, comment veux-tu que j'appelle a, un enfant, celui que je porte, celui dans mon ventre, oui Zeck, pas ailleurs que lˆ, pas dans un chou ni dans les nuages, c'est un enfant, pas un monstre, un enfant, un bŽbŽ, voilˆ, il est pas responsable, c'est comme a... Si tu veux, tu peux repartir, je comprendrai, c'est tout, c'est comme a, on l'a pas choisi, on peut pas faire autrement. C'est la vie.

 

ZECK.- C'est la vie? Comment tu dis a, le ton que tu prends, comme si a n'avait pas d'importance, c'est la vie, c'est la mort, un trou noir, du nŽant ce que tu as dans le ventre, du nŽant, un trou noir, de la matire!

 

LUCIA.- Dis-moi ce que je dois faire Zeck?

 

ZECK.- (commenant ˆ courir) Daniel o tu es fils de pute?

 

DANIEL.- Je suis lˆ!

 

ZECK.- Tu es lˆ, tu oses rester lˆ devant moi, enculŽ!

 

LUCIA.- (continuant toute seule) Et je pensais pas comme a au dŽbut. ‚a a pris du temps beaucoup de temps sans toi ˆ penser ˆ a. Et avec le temps on s'habitue, on y trouve au dŽbut une petite attention aprs la gne. Puis on commence ˆ dormir diffŽremment dans une autre position, l'enfant commence ˆ dicter un processus naturel. Il tte ˆ l'intŽrieur, il pompe, il est lˆ. On le sent. Puis il commence ˆ bouger et on se surprend ˆ lui parler.

 

ZECK.- NON NON NON!

Mais tu penses qui est l'autre c™tŽ de lui... Derrire sa peau ˆ moitiŽ de son sang.

 

LUCIA.- Tu veux dire son pre biologique, le violeur. Tu veux parler de quoi lˆ?

 

ZECK.- Non.

 

LUCIA.- Parce qu'on peut en parler.

 

ZECK.- Allez tous vous faire foutre! Honte ˆ toi, o es-tu sale b‰tard!

 

DANIEL.- Je suis toujours lˆ.

 

ANA.- Non, s'il te pla”t calme-toi! Calme-toi!

 

ZECK.- Allez tous vous faire foutre!

Et elle ne veut rien savoir! Elle veut garder cette chose dans son ventre et tout.

Elle me demande mme pas mon avis! Je suis de la merde c'est a? Rends-moi ton manteau toi!

 

Ana s'exŽcute tristement.

 

ANA.- Si tu veux. Pas de problmes.

 

DANIEL.- Retire a tout de suite.

 

ZECK.- Quoi?

 

DANIEL.- Ce que t'as dit ˆ ma mre, garde le manteau toi! JE TE DIS DE GARDER CE MANTEAU!

 

Et toi retire ce que t'as dit!

 

ANA.- Daniel arrte, arrte, il est malheureux...

 

ZECK.- Je suis pas malheureux bande de tarŽs, je suis anŽanti, vous

venez lˆ de me massacrer et massacrer ma vie en deux minutes. TOUT CE QUE J'AI FAIT DEPUIS MïME, TOUT CE QUE J'AI FAIT, TOUT CE QUE J'AI FAIT, C'EST D'ATTENDRE CE MOMENT!

Ho mais putain c'est pas vrai! Je croyais avoir gagnŽ la guerre, JE L'AI FAIT! JE CROYAIS æTRE VIVANT, JE SUIS MORT!

J'aurais mieux fait de rester sous la mitraille, c'est plus doux que vos saloperies!

Vous vous tes tous foutus de ma gueule! MENSONGES!

J'AI PERDU CETTE PUTAIN DE GUERRE! Ils Žtaient dŽjˆ chez moi depuis tout ce temps, tu as le diable en toi, j'ai vu les yeux des siens, les langues de putes o Dieu n'est qu'un prŽtexte pour nous tuer et nous salir!

 

LUCIA.- Ne dis pas a! Ne dis pas a! Pardonne-moi, pardonne-moi...

 

ZECK.- MENTEURS BANDE DE MENTEURS!

Enlve-moi cet enfant!

 

LUCIA.- Non Zeck, je ne peux pas.

 

ZECK.- Tout de suite!

 

LUCIA.- Fais ce que tu veux de moi, supprime-moi, dis-moi de partir et je partirai, tout ce que tu voudras mais fais vite... DŽcide-toi, mais pour l'enfant je ne peux pas...

 

Lucia s'en va en courant.

 

ZECK.- Qu'est-ce qu'elle a dit? Je ne peux pas, JE NE PEUX PAS! Et elle s'en va en courant, pourquoi elle part en courant! O elle va?

 

ANA.- Sžrement ˆ la rivire...

 

DANIEL.- Je vais la chercher.

 

ZECK.- ƒcoute si ta fille ne change pas d'avis, je...

Va parler ˆ ta fille, je te donne dix minutes et aprs je repars dŽfinitivement loin d'ici, loin de vous, je me casse.

 

 

ANA.- Tu ne peux pas faire a...

 

ZECK.- Et pourquoi je ne pourrais pas? Qu'est-ce qui m'en empche?

 

ANA.- C'est parce que tu es malheureux que tu dis a.

 

ZECK.- Et alors. Vous n'en avez rien ˆ foutre de ce que je pense!

 

ANA.- Mais si... Je t'assure que je pense comme toi... Mais ne pars pas, ne nous laisse pas... Je t'en supplie, ne nous abandonne pas!

 

ZECK.- Ton fils me traite comme de la merde, il me parle mal, et ta fille porte en elle tout ce que je hais du plus profond de moi...

Alors donne-moi une raison, une seule petite raison pour rester lˆ...

 

ANA.- Elle t'a demandŽ de choisir pour elle...

 

ZECK.- J'ai choisi.

 

ANA.- Elle t'aime. Souviens-toi... Et moi je t'aime... Comme un fils.

 

ZECK.- C'est pas suffisant. C'est trop facile.

 

ANA.- Qu'est-ce qui est trop facile, qu'est-ce que tu crois toi tre trop facile. Qu'elle ait ŽtŽ violŽe ou qu'elle ait gardŽ cet enfant sans le vouloir ou de te l'avoir annoncŽ et de partager sa souffrance, tu t'attendais ˆ la petite phrase facilement balancŽe pour le meilleur comme pour le pire et lˆ que a commence un petit peu plus t™t que prŽvu le pire, Monsieur abdique et baisse les bras. Qu'est-ce qui est trop facile, toi qui veux fuir la rŽalitŽ et qui es prt ˆ fuir comme un voleur et de nous laisser dans notre merde qui es un peu et mme aujourd'hui compltement la tienne aussi, on partage, y a pas de raison, on est vivant Dieu soit louŽ, maintenant on se la mange la tartine de merde mais ensemble. C'est facile a? Alors tu peux reprendre tes cadeaux, ton manteau, ta robe de mariŽe, tes bagues ou ce que tu veux a ne changera rien ˆ l'affaire, mais fais ce que tu veux, va refaire ta vie sans nous en Europe. Va Žpouser une oie blanche et raconte lui le hŽros que t'Žtais et ne pense plus jamais ˆ nous, ne cherche plus ˆ nous revoir ou ˆ savoir ce qu'on est devenus.

 

ZECK.- J'ai pas envie d'entendre a, j'ai pas envie. DŽmerde-toi avec ta fille. Va lui parler, rŽglez le problme mais je ne veux plus entendre parler de a. T'as dix minutes.

 

Zeck sort. Lucia arrive.

 

 

15 ( Lucia, Ana  puis Daniel )

 

 

 

LUCIA.- Je lui ai dit... Je lui ai dit... Comme si je perdais toute l'eau et le sang... Et il dit c'est trop facile, mais qu'est-ce qu'il veut? Qu'il le dise maintenant a suffit!

S'il me quitte pour a, c'est qu'il ne m'aime pas.

 

ANA.- Mets-toi ˆ sa place. Pense au travers de lui.

 

LUCIA.- Qu'il se mette ˆ ma place lui, il se met pas une seconde ˆ ma place et il le fera jamais.

 

ANA,- Ma fille, ma petite fille, viens lˆ dans mes bras... Comme je sais que tu es malheureuse. Comme je te comprends et que je suis malheureuse aussi de te voir souffrir comme a...

 

LUCIA.- J'ai peur... J'ai tellement peur que j'aimerais m'endormir et ne plus jamais me rŽveiller... Il Žtait lˆ le spectre le spectre Žtait lˆ, la tte... Et il m'a parlŽ...

 

ANA.- Ne dis pas des choses comme a... Arrte, il faut que tu te reposes. Tout va s'arranger avec le temps... Ne t'inquite pas...

 

LUCIA.- Je ne crois plus ˆ a que le temps arrange tout... Je ne crois plus en rien, ni les heures, ni les lieux, ni ce que tu me dis ni rien. J'ai vu la tte.

 

ANA.- On arrivera ˆ oublier ˆ force... Regarde-moi, est-ce qu'on Žtait heureux avant tout a?

 

LUCIA.- Oui je crois... Je me souviens des raisins, de la fleur d'oranger

du lait, du miel, des dattes... De papa... De toutes les choses douces, des vacances... Des grandes tablŽes l'ŽtŽ...

 

ANA.- Est-ce que j'avais l'air heureuse?

 

LUCIA.- Oui je crois. Tu t'es toujours bien occupŽe de nous, mme quand papa est mort... Tu as toujours ŽtŽ gentille avec nous...

 

ANA.- Et pourtant...

 

LUCIA.- Pourtant quoi?

 

ANA.- J'ai perdu un fils.

 

LUCIA.- Qu'est-ce que tu dis?

 

ANA.- Ton frre a”nŽ. Mon premier fils, je l'ai perdu...

 

LUCIA.- C'est pas vrai, maman, pourquoi tu ne nous l'as jamais dit?

 

ANA.- Ë quoi bon.

 

LUCIA.- Pourquoi t'en as jamais parlŽ...

 

ANA.- Mais aujourd'hui je t'en parle. Et je voulais par-dessus tout te parler un peu de toi...

 

LUCIA.- Oui...

 

ANA.- C'est assez terrible ce que j'ai envie de te dire.

 

LUCIA.- Oui.

 

ANA.- Il va tre toute ta vie si tu le gardes cet enfant.

 

LUCIA.- Oui.

 

ANA.- Tu ne pourras pas le garder.

 

LUCIA.- ‚a suffit.

 

ANA.- Il va te pourrir toute ta vie et ta vie avec Zeck. Tu y penses? Il ne se mariera jamais avec toi si tu le gardes et tu le sais.

 

LUCIA.- Alors?

 

ANA.- Ce n'est pas facile, je sais... Mais je te prie, je t'en supplie, ne garde pas cet enfant.

 

LUCIA.- Laissez-moi tranquille, laissez-moi... C'est vous qui me rendez folle... Qu'est-ce que je fais, qu'est-ce que vous voulez ˆ la fin, que je me jette dans la rivire, que je me plante un couteau dans le ventre? Qu'est-ce que vous voulez?

 

DANIEL.- Laisse-la tranquille, elle a raison. Quel jeu tu joues toi?

 

ANA.- Je ne joue pas et ne me parle pas comme a, tu ne sais pas, qu'est-ce que tu crois!

 

DANIEL.- Pourquoi tu ne prends pas la dŽfense de ta fille?

 

ANA.- Parce que je veux son bonheur.

 

DANIEL.- De quel bonheur tu parles? Tu veux quoi? Excuse-moi j'ai pas bien compris...

 

ANA.- Son bonheur et tu as trs bien compris.

Mais regarde nous! Tu nous as vus, mais regarde, qu'est-ce que tu vois? Tu vois des belles choses autour de nous, tu as de belles femmes devant les yeux, tu sens le parfum et nos laits de toilette, qu'est-ce que tu vois? Qu'est-ce que tu sens?

 

DANIEL.- Ce que je vois et ce que je sens c'est que tu dŽfends les intŽrts de l'ensemble, c'est-ˆ-dire de toi, tu veux vivre dans ton petit confort et tu connais le prix ˆ payer pour a.

 

ANA.- JE NE VEUX pas vivre dans le confort, je veux vivre normalement, juste... Normalement, tranquillement avec vous...

 

DANIEL.- Et c'est quoi le prix que tu es prte ˆ payer pour a?

 

ANA.- Je ne sais pas...

 

DANIEL.- De recoudre une robe de mariŽe avec des impacts de balles de mitrailleuse...

 

ANA.- Qu'est-ce que tu dis?

 

DANIEL.- Tu sais trs bien...

 

ANA.- Je ne sais pas tout a...

 

DANIEL.- Des alliances prises sur des doigts coupŽs?

 

ANA.- Arrte, je ne sais pas ce que tu racontes! Arrte!

 

DANIEL.- Tu ne sais pas ou tu ne veux pas savoir, tu vas tre aveugle pendant combien de temps?

 

ANA.- Et alors oui, si j'ai envie d'tre aveugle et de ne rien voir, et si j'ai envie de ne plus rien ressentir et puis quoi, toi qui vois si bien, toi qui ressens tout infiniment mieux que tout le monde, jure-moi que ta soeur va tre heureuse avec ce gosse?

 

 

XAVIER DURRINGER

 

 

DANIEL.- Et alors si Zeck se marie avec elle et qu'il l'Žlve ou qu'on l'Žlve avec ou sans Zeck?

Tu ne t'es mme pas posŽe la question.

 

ANA.- C'est impossible! Il ne voudra jamais l'Žlever! Il va nous laisser seuls crever ici.

 

DANIEL.- Alors voilˆ tu te plies ˆ ses exigences ˆ savoir l'enfant ou rien. C'est la separation de l'enfant sous n'importe quelle forme pour une nouvelle vie occidentale sous n'importe quelle forme.

Moi je regrette c'est ˆ elle, ˆ ta fille de dŽcider!

 

ANA.- Il est notre chance, il est vivant par bonheur, il est toute notre vie, il peut nous redonner une petite chance d'tre heureux tous ensemble et retrouver un semblant d'attitude, un semblant d'humanitŽ. Personne ne nous posera de questions et qui, qui pourra nous juger?

 

DANIEL.- Tais-toi!

 

ANA.- Pourquoi je me tairais, je n'ai pas ˆ me taire devant toi, je dis ce que je pense, je ne sais pas si c'est juste, certainement pas d'ailleurs mais qui peut me dire ce qui est juste aujourd'hui... Est-ce qu'ils se sont comportŽs de faon on va dire normale avec nous, dŽcente ou juste non? Ils nous ont violŽs et pas seulement dans nos corps... On peut leur repasser le bŽbŽ. On a juste portŽ leurs vices pendant neuf mois et on leur redonne le paquet. ‚a peut se dŽfendre merde. Alors maintenant, je pense ˆ ma pomme, ˆ nous de voir la situation la plus...

 

DANIEL.- DŽgueulasse.

 

ANA.- Si tu veux.

 

LUCIA.- Je peux parler? Je veux Žlever cet enfant.

 

Elle s'en va se coucher.

 

 

 

16 ( Ana, Zeck )

 

 

Zeck revenant

 

ZECK.- Alors? Vous avez discutŽ entre vous? J'Žcoute.

 

ANA.- ‚a va s'arranger. ‚a va prendre un peu plus de temps que prŽvu...

Mais pour l'instant elle n'est pas en Žtat de penser. Elle est sous le choc. C'est pas la peine. Elle a besoin de se reposer.

 

ZECK.- Comment a?

 

ANA.- Pour l'instant, il faut attendre... Mais a va s'arranger.

 

ZECK.- Attendre quoi?

 

ANA.- Elle a besoin de rŽflŽchir et de dormir. Et a va s'arranger tu vas voir... Fais-moi confiance.

 

ZECK.- De dormir? Ou le faire dormir lui qui pompe et nous suce de l'intŽrieur, lui le ver dans le fruit, lui qui nous pourrit de l'intŽrieur.

Mais qu'est-ce que je vais faire en attendant, attendre quoi bordel de merde?

Parle-lui, dis-lui que le bonheur serait si facile, le gosse, le truc dŽgage et on part tous ensemble faire notre vie, merde c'est pas la mer ˆ boire! On aura une voiture et une maison ˆ deux Žtages, le premier pour vous, le deuxime pour nous, et quelques arbres fruitiers... Et merde elle en aura d'autres des gosses, je lui en ferai une pleine Žquipe de foot.

 

ANA.- Je sais, je sais tout a Zeck. Elle a dit, s'il me quitte c'est qu'il ne m'aime pas.

 

ZECK.- Elle a dit a...

 

ANA.- S'il me quitte c'est qu'il ne m'aime pas... C'est tout. C'est tout ce qu'elle a dit.

 

ZECK.- C'est n'importe quoi! N'importe quoi! L'amour n'a rien ˆ voir lˆ-dedans! Rien ˆ voir! Son ventre l'empche de voir. C'est le diable.

Il faut faire dispara”tre cette chose au plus vite. Il nous divise, il commence ˆ nous diviser.

S'il Žtait pas lˆ c't'enfant on serait tous heureux, y aurait pas de problmes, non?

Le problme c'est pas moi, le problme c'est pas Lucia, ni toi ni Daniel non?

 

ANA.- Non.

 

 

ZECK.- Donc c'est lui qui nous fait du mal. C'est lui.

Tu prendras l'enfant au sortir du ventre et tu me l'apporteras et je m'en occuperai.

 

ANA.- Et qu'est-ce que tu vas en faire?

 

ZECK.- Ë ton avis?

 

ANA.- Zeck!

 

ZECK.- Occupe-toi d'elle et passe-moi la chose, le truc. Le reste, a me regarde.

Mais t'inquite pas, j'irai le foutre devant une Žglise, un temple, une mosquŽe ou je le laisserai dans un camp de rŽfugiŽs chez eux, chez les Casques bleus, au pied d'un hosto, j'en ai rien ˆ foutre, de quoi tu t'inquites?

 

ANA.- Je croyais que t'allais ....

 

ZECK.- ƒcoute je verrai le moment venu.., ce que je vais en faire. Toi occupe-toi de ta fille et de me repasser le paquet, il faut un homme qui prenne les dŽcisions dans cette maison et aprs on part tous ensemble et ceux qui veulent pas venir ne viendront pas, pas vrai?

 

ANA.- Oui Zeck.

 

ZECK.- On oblige personne. Et c'est pas ton fils qui va me dire ˆ moi ce qu'il faut faire!

 

ANA.- Je suis d'accord avec toi Zeck.

 

ZECK.- On est d'accord.

 

ANA.- On est d'accord.

 

ZECK.- On va s'ouvrir une petite bouteille...

 

ANA.- Tout ce que tu voudras Zeck.

 

ZECK.- On va boire et se raconter de bonnes histoires d'avant quand on avait nos fermes et septembre les foins tout a, hein la mre? Mais je suis malheureux... Faut en finir avec toute cette merde que a continue pas avec le temps, tu te rends compte, les familles sont pleines d'histoires de secrets et de cachotteries, non Žvitons toute cette souffrance.

 

ANA.- Je sais.

 

ZECK.- Parlons d'autres choses.

 

ANA.- Parlons plut™t des bonnes choses du passŽ. ‚a on les a, on les garde et personne peut nous les enlever.

 

ZECK.- Voilˆ.

 

ANA.- Rien que d'y penser a fait du bien.

 

ZECK.- T'as raison va... Putain je suis fatiguŽ comme si je portais tout le monde sur les Žpaules.

 

ANA.- Tu te rappelles du renard qui ˆ la nuit tombŽe venait chercher ˆ manger dans le poulailler.

 

ZECK.- On s'Žtait organisŽ une putain de battue pour c'te bestiole!

Et je l'avais pendu par les pieds ˆ l'entrŽe du bois, je lui avais enlevŽ le pyjama, ŽcorchŽ vif, pissant par le nez, il faisait moins le malin le fox, on aurait dit un petit chien de rien du tout.

 

ANA.- J'aimerais bien vivre dans les grandes villes o on se perd, les marchŽs, les cinŽmas, les boulevards ŽclairŽs la nuit, les terrasses des cafŽs, les platanes au printemps, les restaurants o tu manges dehors, les cigarettes ˆ bouts dorŽs, les vins fins, le champagne et les embouteillages, ho je rverais d'tre prise dans un monstrueux embouteillage, j'Žcouterais la radio, je boufferais des petits g‰teaux, cigarette dorŽe au bec et j'Žcouterais klaxonner de partout, j'adorerais.

J'adorerais tre en retard. Inventer des excuses. J'adorerais. Moi qui connaissais tout le monde et que tout le monde connaissait au village. Je veux me perdre.

 

ZECK.- Tu ne veux pas revoir ta maison?

 

ANA.- J'ai de trop mauvais souvenirs Zeck... J'aime les villes qu'on voyait dans les films ˆ la tŽlŽ.

 

ZECK.- T'as peut-tre raison en fait, t'as peut-tre raison, t'as sžrement raison, pourquoi aller en arrire si on peut aller de l'avant. J'ai suffisamment de bijoux et de devises dans les poches et de courage dans la tte pour aller faire ma vie dans une ville. T'as raison, c'est une idŽe. Une super idŽe. Pourquoi revenir chez nous.

Je vais aller vivre dans une capitale, n'importe quelle capitale en fait! Les capitales c'est le centre de quelque chose tu vois, c'est le commerce, l'activitŽ, la fourmilire, c'est lˆ que a se passe, tout le centre d'intŽrt,

les cinquante sortes de yaourts, de fromages, de volailles, moi aussi je veux consommer, t'as raison, je vais aller faire le seigneur lˆ-bas et m'ouvrir un petit commerce, je vais faire dans l'Žpicerie fine orientale!

 

ANA.- Et nous?

 

ZECK.- Si tout se passe bien avec ta fille vous viendrez me rejoindre.

 

ANA.- Comment a te rejoindre, non on part avec toi. On va pas encore t'attendre, attendre que les lettres te parviennent et nous reviennent, des mois pour des rŽponses. Non on vient avec toi.

 

ZECK.- Je vais rŽflŽchir.

 

ANA.- RŽflŽchis bien... Seul on est peu de choses. Malheur ˆ l'homme seul car lorsqu'il sera tombŽ il n'aura personne pour le relever.

 

ZECK.- Pourquoi veux-tu que je tombe?

 

ANA.- Allez, bonne nuit.

 

ZECK.- Bonne nuit, a je crois pas, je te remercie mais je crois pas, faut pas exagŽrer non plus.

Ana souffle sur une dernire bougie. Noir.

 

 

17

 

 

Ils dorment. On voit une boule de feu traverser la pice.

 

 

18 ( Lucia Ibrim puis Ana Zeck & Daniel) ( peut-tre voit-on les autres dormir? )

 

Lucia marche toute seule comme une somnambule.

 

IBRIM.- Ne partez pas je vous en prie.

 

LUCIA.- Mais qui tes-vous?

 

IBRIM.- Ibrim.

 

LUCIA.- Qu'est-ce que vous me voulez?

 

IBRIM.- Surtout pas de mal... Je suis venu vous demander pardon avant de partir...

 

LUCIA.- Pardon de quoi? (soudain effrayŽe) Vous tes la tte! Je vous reconnais, qu'est-ce que vous me voulez?

 

IBRIM.- Vous pouvez me laver de toutes les taches... AllŽgez mon

tourment, soulagez mon ‰me torturŽe.

J'Žtais un jeune ouvrier viticole. Et il a fallu partir un matin se battre et je suis parti ˆ travers les vignes et les oliviers, puis sur les routes, aux abords des villes dans des terrains dŽfoncŽs un pistolet sur la tempe ds que je freinais. J'ai vu des fumŽes noires monter dans le ciel et des tonnerres et la terre trembler. C'est un feu dŽvorant, des dents de lion, une armŽe rangŽe en bataille, des chars bondissant par vagues successives. L'ennemi se rue sur la ville, s'Žlance sur les murailles, escalade les maisons, pŽntre par les fentres. C'est aussi une campagne ravagŽe, des vignes ŽtiolŽes, des figuiers flŽtris, des arbres dessŽchŽs, des grains racornis, des granges dŽvastŽes, des greniers en ruine, du bŽtail gŽmissant, des troupeaux affolŽs.

On m'a dit c'est ma terre, la terre de mes anctres. Que vous n'Žtiez que des truies et des prostituŽes au coeur impur, des serpents dans vos cheveux. Et le pistolet toujours en vue au-dessus de l'Žpaule. Et moi en vous qui pleurait vous voyant pleurer. Et les hommes tout autour qui riaient de nous voir pleurer.

Je n'avais jamais connu de femme. Je suis le pre de l'enfant que tu portes!

 

LUCIA.- Allez-vous-en! Allez-vous-en!

 

Ibrim essaye de parler. Lucia se bouche les oreilles en criant.

 

IBRIM.- N'ayez pas peur de moi. Je n'ai donnŽ qu'un germe qui n'est rien que matire, qui n'est rien sans l'Žtincelle de lumire. Il y a la semence et puis l'‰me, la lumire au coeur de la matire. Prisonnire de la matire. Et la lumire viendra et l'‰me s'incarnera.

N'ayez pas peur, je vous en prie, je vous demande pardon.

 

LUCIA.- Au secours! Au secours! Ë moi!

 

Ana arrive en courant.

                      

ANA.- Qu'est-ce qu'il y a?

 

Lucia bŽgaye de peur.

 

LUCIA.- Y a Y a Y avait la teete Iˆˆˆ dans le coioin...

 

ANA.- Tu refais le mme cauchemar... ‚a va calme-toi... Calme-toi...

 

LUCIA.- Yayayavait tout lui en entier devaaant moi qui me demandait parpardon, le pre de mon enfaaant...

 

ANA.- Calme-toi!

 

LUCIA.- Iiiiiiil ŽŽŽtait lˆ.

 

ANA.- Doucement mon bŽbŽ, mon bŽbŽ...

 

ZECK.- Elle devient folle!

 

ANA.- Mais non c'est rien... C'est rien. Si c'est pour dire a je prŽfre que t'ailles te recoucher.

 

LUCIA.- J'ai vu la tte.

 

Ana l'emmne dans une chambre. ( Zeck & Daniel puis Lucia )

 

ZECK.- ELLE EST FOLLE, SOMNAMBULE!

Putain, c'est plus des petits cauchemars lˆ, a commence ˆ me faire flipper toutes ces conneries, ho qu'est-ce qu'elle a, elle a compltement disjonctŽ?

 

DANIEL.- Tu te demandes encore ce qu'elle a?

 

ZECK.- Ouais je me demande ce qu'elle a... D'tre enceinte, a donne pas des hallus, a n'a rien ˆ voir!

Elle est devenue compltement maboule ou quoi? Raison de plus pour le truc dans son ventre, elle est trop fragile.

 

Le tŽlŽphone sonne.

 

ZECK.- (tressautant) STOP! STOP! Tout le monde s'arrte. On ne bouge plus! C'est quoi a?

Ho qu'est-ce que c'est? C'est toi Lucia? C'est pas toi?

 

Tout le monde est pŽtrifiŽ.

 

DANIEL.- C'est qui?

 

ZECK.- J'en sais rien? Qui veux-tu qui m'appelle ici, ˆ cette heure-ci en plein milieu de la nuit bordel de merde?

 

DANIEL.- J'en sais rien moi!

 

ZECK.- Ben moi non plus tu vois...

 

DANIEL.- C'est peut-tre l'armŽe qui te rappelle pour que tu retournes te battre.

 

ZECK.- Me fais pas chier, qu'est-ce tu m'emmerdes ˆ la fin. DŽcroche, toi, et tu dis que je suis pas lˆ ou que tu me connais pas ou que je suis parti ou que tu me connais mais que je suis sorti, dis que c'est un faux numŽro!

 

DANIEL.- T'as qu'ˆ le faire toi! Qu'est-ce que tu risques?

 

ZECK.- Qu'ils reconnaissent ma voix.

 

DANIEL.- Et alors? Dis que c'est un faux numŽro.

 

ZECK.- Et alors si c'est mon lieutenant je suis obligŽ d'y aller.

 

La sonnerie s'arrte. Ils marquent un temps d'immobilitŽ. La sonnerie retentit ˆ nouveau. Daniel dŽcroche d'un coup.

 

DANIEL.- All™? Long silence. Vous vous trompez... Non... NON... Je n'ai pas tuŽ votre mari... Mais jamais de la vie!... Mais non, vous avez dž appeler un faux numŽro... Comment a, c'est votre numŽro que vous avez appelŽ... Ha bon c'est comme a que vous savez!... Je n'ai pas tuŽ votre mari... Non, non non, vous ne pouvez pas dire a... Que j'ai bržlŽ votre maison et puis quoi encore... Tiens je vais vous passer quelqu'un... Elle pleure...

 

ZECK.- (prenant le combinŽ violemment) Crve grosse pute!

 

Et il raccroche.

 

DANIEL.- Quoi?

 

ZECK.- Qu'est-ce qu'il y a? QU'EST-CE QU'IL Y A?

 

DANIEL.- Rien.

 

ZECK.- C'est la guerre, ne me fais pas chier.

 

DANIEL.- J'ai rien dit.

 

ZECK.- T'as rien ˆ me dire. Surtout pas toi! Non parce que t'as cru toutes les conneries qu'elle t'a dit cette pute?

u le crois vraiment. Non dis-moi!

Mais regarde tout le monde peut le faire. Moi aussi je peux le faire, j'appelle n'importe qui et je lui sors toute une flopŽe de conneries genre, t'as bržlŽ ma maison salope...

 

DANIEL.- Elle pleurait Zeck!

 

ZECK.- Et alors t'as pas pleurŽ toi et ta soeur elle a pas pleurŽ bordel de merde tout le monde a pleurŽ, y a pas qu'elle, y a pas que nous, tout le monde pleure!

Mais c'est des conneries tout a, que des conneries, elle joue la comŽdie... Regarde regarde regarde moi aussi je peux le faire regarde! J'appelle...

 

Il compose un numŽro.

 

TOUTOUTOUTOU... Oui All™?

 

LUCIA.- All™...

 

ZECK.- Ha c'est toi Lucia. J'ai appelŽ au hasard et j'ai dž appuyer sur une touche automatique et en fait j'ai fait ton numŽro... Je suis dŽsolŽ... Qu'est-ce que je voulais te dire... Ben je disais ˆ ton frre que je peux appeler n'importe qui et leur faire croire qu'ils ont bržlŽ ma maison tout a...

 

LUCIA.- C'est pas dr™le.

 

ZECK.- Non attends, attends... Mais je trouve pas a dr™le. Bien sžr... C'est ce que je disais ˆ ton frre que c'Žtait pas dr™le du tout et que y a des petits rigolos qui rigolent sur notre dos... Elle a raccrochŽ.

 

DANIEL.- T'es con! Qu'est-ce que tu veux que je te dise!

 

Lucia arrive tranquille.

 

LUCIA.- Tu trouves a dr™le de tuer des gens, mme pour plaisanter, enfin rien que de le dire en plaisantant?

 

ZECK.- Il faut que je t'explique le dŽbut sinon tu vas pas comprendre.

 

LUCIA.- J'ai trs bien compris...

 

ZECK.- T'as rien compris du tout. Explique-lui toi!

 

DANIEL.- Alors voilˆ, y a une femme qui pleurait...

 

ZECK.- Arrte arrte arrte, tu commences par la fin, elle va rien comprendre, j'Žtais sžr que t'allais t'embrouiller, NON, non, laisse faire, ho l'autre il est fou, il commence par la fin... NON NON, c'est pas a, c'est...

 

LUCIA.- C'est quoi?

 

ZECK.- Le tŽlŽphone a sonnŽ, je croyais que c'Žtait toi, alors je t'ai rappelŽe...

 

LUCIA.- Et la femme qui pleurait?

 

ZECK.- Ha ben ˆ la premire sonnerie, j'ai pas rŽpondu...

 

LUCIA.- Ben si tu croyais que c'Žtait moi.

 

ZECK.- Pas tout de suite, alors je t'ai appelŽe et le tŽlŽphone aprs a re-sonnŽ avant que je puisse te rappeler, alors j'ai re-rŽpondu tu vois et lˆ c'Žtait un faux numŽro qui pleurait.

 

LUCIA.- Ha bon y a des faux numŽros qui pleurent!

 

ZECK.- Faut croire.

 

LUCIA.- C'Žtait une femme?

 

ZECK.- Oui une femme qui pleurait au bout du fil.

 

LUCIA.- Une femme ˆ toi?

 

ZECK.- Ho qu'est-ce que tu vas imaginer lˆ... ‚a va pas?

 

LUCIA.- Et alors c'est possible!

 

ZECK.- Dis-lui toi que c'est pas a!

 

DANIEL.- Ben je sais pas c'est toi qui l'a eue, moi je sais pas...

 

ZECK.- Ben si je te l'ai passŽe!

 

DANIEL.- Ha oui c'est vrai elle pleurait!

 

LUCIA.- Et alors?

 

ZECK.- Ben c'est quelqu'un que je connais pas, un faux numŽro et je l'ai passŽ ˆ ton frre. Voilˆ.

 

LUCIA.- Toi quand t'as un faux numŽro qui pleure, tu passes le combinŽ?

 

ZECK.- C'est un rŽflexe, tu vois? Putain dis-lui que c'est pas une fille ˆ moi, je veux pas que t'aies des pensŽes comme a!

 

DANIEL.- Non c'est vrai c'Žtait pas une fille ˆ lui mais une femme qu'appelait le portable de son mari et qui disait que j'Žtais un assassin!

 

LUCIA.- Quoi?

 

ZECK.- Rien. C'est un peu compliquŽ, je t'avais dit...

 

LUCIA.- Elle te disait quoi?

 

DANIEL.- Que j'Žtais un assassin, que j'avais tuŽ son mari, que j'avais bržlŽ sa maison et que j'avais volŽ son portable par-dessus le marchŽ!

 

LUCIA.- Elle t'a dit a?

 

ZECK.- Tu vois c'est ce que je te disais, c'est que des conneries, des mensonges, les gens ils ont pas suffisamment de malheur qu'il faut qu'ils en inventent! Et moi je lui disais que moi aussi je pouvais appeler n'importe qui et lui sortir tout un tas de conneries et de saloperies et je t'ai appelŽe comme automatiquement comme y a que ce numŽro en touche automatique, voilˆ, on a tout dit?

 

LUCIA.- Et elle pleurait

 

ZECK.- Oui c'est un dŽtail, elle aurait pu jouer la colre ou faire une voix comme une pute tu vois ce que je veux dire Daniel?

C'Žtait pour de faux comme de la comŽdie quoi!

 

DANIEL.- Elle jouait dr™lement bien

 

ZECK.- Ha oui tu trouves toi?

 

DANIEL.- Dommage qu'elle ait pas fait la version pute au tŽlŽphoneÉ

 

Noir.

 

 

19 ( Ibrim Lucia Zeck )

 

 

Lumire. Petit matin. Soleil.

Notion de temps qui a passŽ.

Ibrim appara”t et va s'asseoir sur la chaise.

Lucia reste tŽtanisŽe dans son coin.

 

IBRIM.- ƒcoute.

L'‰me va quitter l'endroit de lumire dorŽe, les plages sous un voile rose d'un doux sommeil ondoyant, rempli de formes blanches, des parfums les plus subtils, de douces mŽlodies, de palmiers flamboyants aux fruits bŽnis, lˆ o l'eau coule doucement comme une oasis au coeur du dŽsert, cristalline, pure et fra”che o l'air est caressant et la lumire a divinement claire, lumineuse et tranquille. Le silence subtil et dŽlicat. DŽjˆ l'‰me dit au revoir ˆ ceux qu'elle aime.

Lentement, elle se sent prise de lourdeur et de mŽlancolie, un profond et violent vertige la happe et l'enserre. Elle s'obscurcit. Elle ne voit plus dŽsormais qu'au travers d'un voile lumineux, de plus en plus opaque. Elle se sent lourde et triste. La loi s'accomplit. En quittant ceux qu'elle aime, elle a un Žnorme chagrin, une peine indescriptible, mais bient™t s'estompent les dernires lumires bien p‰les ˆ prŽsent. Elle promet de se souvenir de la lumire dans le monde des tŽnbres, de la vŽritŽ dans le monde du mensonge. De l'amour dans le monde de la haine.

 

LUCIA.- Oui...

 

IBRIM.- Je vais m'en aller ˆ prŽsent.

 

ZECK.- Qu'est-ce qu'il y a?

 

LUCIA.- Tu vas revenir?

 

ZECK.- Tu veux parler de quoi lˆ. Je suis lˆ. Tu disais oui ˆ qui?

 

LUCIA.- Ë toi.

 

ZECK.- Oui de quoi, j'ai rien dit.

 

LUCIA.- Oui comme a. Comme on dit oui.

 

IBRIM.- Je suis lˆ avec toi et je te protge. Je veux rester avec toi mais je dois y aller ˆ prŽsent, on m'attend.

 

LUCIA.- Oui.

 

ZECK.- Ho Lucia?

 

LUCIA.- Qu'est-ce qu'il y a?

 

ZECK.- Je te demande o t'es lˆ?

 

LUCIA.- Je suis avec toi...

 

IBRIM.- II n'entend pas, il ne voit pas, il ne sent pas... Je reviendrai te voir.

 

LUCIA.- D'accord...

 

ZECK.- Ho, a va pas! Tu me regardes pas dans les yeux ni rien, tu regardes ˆ c™tŽ, tu rŽponds ˆ c™tŽ, ho qu'est-ce qui se passe? Tu dis d'accord. D'accord de quoi? On dirait une folle, tu me fais peur... Arrte un peu.

 

LUCIA.- T'inquite pas, tout va bien.

 

ZECK.- Tout va bien?

 

LUCIA.- Tout va bien.

 

ZECK.- Ho tu me fais peur.

 

LUCIA.- Tout va bien je te dis.

 

ZECK.- Ho arrte avec tes tout va bien, tu me fais peur.

 

LUCIA.- D'accord. Mais il y a quelqu'un lˆ dans le fauteuil et je lui parle Zeck!

 

Zeck va vers la chaise.

 

ZECK.- Il n'y a personne lˆ.

Il retire d'un geste sec la couverture.

Il n'y a qu'un drap. Il n'y a personne regarde. Tu es compltement folle! Tu ne peux pas dire qu'il y avait quelqu'un lˆ!

 

LUCIA.- Je ne sais pas je ne sais plus...

Il s'assied sur la chaise, Lucia se met ˆ trembler.

Qu'est-ce qui se passe... HO HO HO je perds les eaux, MAMAN, je perds les eaux!

 

 

20 ( Zeck Daniel )

 

 

Lucia accouche. Zeck et Daniel attendent.

 

ZECK.- (jouant avec les bagues et les bijoux) Regarde-moi a. J'ai de belles pierres prŽcieuses dans les poches.

Mais celle-lˆ est en fer blanc. Ha tu vois on se fait baiser par ces cons, on croit parce que a pleure que a a une valeur marchande mais que dalle a pleure sur l'affectif.

Je me suis fait baiser! C'est du fer blanc!

Mais les autres bijoux, regarde-moi a, ces pierres comme elles sont belles! Tout ce que je vais pouvoir m'acheter avec tout a. Ma libertŽ, la belle vie que voilˆ, voilˆ mes petits que je bichonne, voilˆ les clefs du paradis.

 

DANIEL.- Tu sais qu'un pouvoir invincible ordonne de mourir, que les biens et les honneurs facilement acquis sont faciles ˆ perdre. Est-ce que tu crois vraiment que l'argent et le pouvoir peuvent t'apporter la paix et la tranquillitŽ? Tu crois vraiment que tu t'en sortiras comme a?

 

ZECK.- Ta gueule Daniel. TA GUEULE! J'ai pas envie d'entendre tes jŽrŽmiades pendant des heures. J'ai PAS ENVIE! Je sais ce qu'il me reste ˆ faire de toutes manires.

 

DANIEL.- Je me plains pas. Je fais tout le contraire. C'est tout le contraire. Je regrette rien de la vie que j'ai laissŽe derrire moi. Je regrette rien, ni le restau, ni le cimetire comme toi. Je laisse rien derrire, j'ai rien devant.

 

ZECK.- Tu crois pas si bien dire.

 

DANIEL.- Ha tu veux parler de mes couilles. Voilˆ. C'est une QUESTION DE COUILLES! J'oubliais. On va voir si t'en auras toi...

 

ZECK.- J'ai prouvŽ que j'en avais moi.

 

DANIEL.- En quoi faisant, en torturant et en tuant des tas de gens?

 

ZECK.- Joue pas avec moi comme a petite merde. Tu commences ˆ m'emmerder avec ton petit jeu, je joue les intelligents, sensible et philosophe... Alors arrte de jouer comme a...

 

DANIEL.- Pourquoi donc?

 

ZECK.- T'as de la chance d'tre le frre de ta SÏur Sinon...

 

DANIEL.- Sinon quoi?

 

ZECK.- Sinon rien.

 

DANIEL.- Termine ta phrase putain, sinon quoi, tu me ferais quoi? T'aimerais me voir comment? Qu'est-ce qui te ferait vraiment plaisir, dis-moi, de me pendre par les pieds et de me saigner comme un vulgaire renard?

 

ZECK.- Que tu fermes ta gueule!

 

DANIEL.- Comme tu voudras mon petit Zeck. Comme tu voudras... Ë toi de prouver que t'as une grosse paire de couilles ˆ prŽsent avec le gosse!

T'as trop parlŽ ˆ ma mre pour pas faire ˆ prŽsent.

 

ZECK.- Faire quoi?

 

DANIEL.- Ce que t'as dit pour l'enfant!

 

ZECK.- Qu'est-ce que j'ai dit?            

 

DANIEL.- C'est pas ˆ moi de penser et de me souvenir pour toi. J'aime pas tre dans ta tte. Dis-moi je peux te poser une question?

 

ZECK.- Vas-y pose toujours.              

 

DANIEL.- Qu'est-ce que tu crois tre l'acte le plus courageux, tuer cet enfant ds sa naissance ou l'Žlever comme ton propre fils?

 

ZECK.- Ta gueule!          

 

DANIEL.- Ha ouais.        

 

ZECK.- C'est n'importe quoi, a n'a rien ˆ voir. C'est comme d'additionner des choux et des carottes.                   

 

DANIEL.- Qu'est-ce qui est juste?     

 

ZECK.- Juste?                 

 

DANIEL.- Oui. Juste.     

 

ZECK.- Je t'emmerde.

 

DANIEL.- RŽponds, allez rŽponds. Qu'est-ce qui est juste?

 

ZECK.- Juste. Mais qu'est-ce qui est juste bordel de merde! Quand je suis parti me battre, c'Žtait juste? Ou toi qui n'es pas parti te battre avec nous? Qu'est-ce qu'est juste? De se battre pour sa terre comme je l'ai fait? Ou de rien faire comme toi, qu'est-ce qu'est juste? De prendre la vie ˆ celui qui veut te la prendre avant toi ou de se faire massacrer par ces ordures? Alors m'emmerde pas avec tes conneries, je vois bien que tu veux m'emmener sur des pistes savonneuses et je veux pas glisser avec toi.      

 

DANIEL.- O vas-tu le dŽposer cet enfant si tu le dŽposes?

 

ZECK.- Non mon pote tu glisses tout seul.             

 

DANIEL.- Qu'est-ce qui te fait peur? Hein dis-moi, t'as peur de l'enfant?

 

ZECK.- C'est pas ˆ moi ce truc! C'est tout. Me fais pas chier!

 

DANIEL.- Qui le saura? Qui lui dira quelque chose? Toi? Moi? Lucia? Ma mre?          

Alors il est o le problme, si c'est ton fils, c'est ton fils. C'est un problme d'Žducation rien de plus.

 

ZECK.- Ce n'est rien. D'accord. Point. Ce n'est rien ce truc, cet avorton. L'Žducation, je m'en branle... C'est pas ˆ moi, n'insiste pas...

 

DANIEL.- Tu lui apprendras ˆ semer, ˆ labourer, ˆ faucher et ˆ moissonner, ˆ lier des gerbes, ˆ battre le blŽ, ˆ vanner, trier, moudre, passer au tamis, pŽtrir de la p‰te, cuire du pain, tu lui apprendras ˆ tondre les moutons, laver la laine, battre la laine, teindre la laine, filer, tisser, tu lui apprendras ˆ chasser un animal, tuer un animal, Žcorcher un animal comme tu as fait avec le renard, tanner la peau, gratter la peau, couper, tu lui apprendras ˆ construire une maison, ˆ dŽtruire une construction, ˆ faire un feu, ˆ l'Žteindre... Voilˆ ce que tu pourras lui apprendre... Souviens-toi de ce que tu Žtais avant. Un temps.

 

ZECK.- T'es vraiment trop con comme mec. Mais il y aura toujours un voisin pour le dire pour lui dire... Que je ne suis pas son pre.

 

DANIEL.- Et s'il n'y a pas de voisins...

 

ZECK.- Il y a TOUJOURS des voisins! TOUJOURS! Tout le temps quelqu'un qui te regarde et qui sait, qui se doute. Qu'est lˆ dans un coin pour te faire chier et ils se relaient toute ta vie pour te faire chier, comme si le voisin c'Žtait une race spŽciale d'individus qui font chier. Je vais vivre dans la parano la plus complte qu'un de vous trois un jour lui dise ou un de ces putains de voisins et pour Žchapper ˆ a, un jour je lui dirai moi mme pour ne plus avoir honte. Et puis merde MERDE MERDE, qu'est-ce que tu me racontes sale con, c'est pas mon fils, ce truc, ce b‰tard.

 

DANIEL.- C'est a le problme?

 

ZECK.- Oui. Ce jour-lˆ, les voisins lui parleront, il arrtera de parler, il ira se chercher un fusil, il mettra deux balles pour sanglier et il se vengera.

 

DANIEL.- C'est donc a. T'as peur en fait?

 

ZECK.- C'est pas bien ce que tu fais lˆ, si tu crois que c'est facile ce que j'ai ˆ faire? Alors c'est pas bien de me parler de sentiments!

 

DANIEL.- Arrte, je vais te croire. De toutes manires, je te le rŽpte, peut-tre que lˆ t'entendras mieux, cet enfant ne peut tre sžr que de moi! Je suis sorti du mme ventre que ma soeur, elle a un enfant, je suis l'oncle! Le seul homme vraiment sžr de la famille pour lui, c'est moi!

 

ZECK.- Ce que tu comprends pas. C'est qu'ils ont glissŽ le mal en nous. C'est un enfant de l'ennemi. Tu comprends c'est, c'est, c'est comme si cet enfant Žtait un avant-poste... Un parachutŽ derrire les lignes, tu vois il s'enterre pendant des annŽes dans la fort et hop un jour il ressort de son trou et t'as lˆ l'ennemi qui se dresse devant toi. Tu sais ce qu'ils faisaient quand ils chopaient l'un de nous... Ils nous mettaient un thermomtre entier dans le cul, entirement et ils nous rouaient de coups de pieds pour casser le thermomtre ˆ l'intŽrieur et que le mercure et les petits morceaux de verre nous empoisonnent de l'intŽrieur, pourrissent nos testicules et qu'on ne puisse plus jamais avoir d'enfants et eux font a ˆ nos femmes... De les engrosser...

 

DANIEL.- Qui t'a dit a?

 

ZECK.- Personne m'a dit, je l'ai vu de mes propres yeux et d'autres choses bien pire.

 

DANIEL.- Mais pourquoi ils ne vous tuaient pas alors?

 

ZECK.- Pour donner l'exemple. Pour dire, vous voyez on ne vous tue pas, vous allez vous tuer vous mmes, dispara”tre lentement mais sžrement. Vous endormir et ne jamais vous rŽveiller et a quand on voyait les mecs hurler, je peux te dire qu'on avait les foies. Dire que ces mecs ne pourront plus jamais avoir d'enfants.

 

 

 

21 ( Ibrim. Zeck? Daniel? )

 

 

IBRIM.- La matire se forme autour de l'Žtincelle, partie de lumire prisonnire. Particules emmlŽes comme les taches d'ombres d'un mimosa sous un vent violent.

Organe aprs organe, fibre aprs fibre, les ondes du sang soufflant ˆ travers les veines comme des torrents d'Žnergies nouvelles, magnŽtiques, courant dans les cellules aux mille replis, les tissus de sa chair l'Žtreignent et le remplissent de tŽnbres, et la matire sombre et dense entoure son ‰me comme une luciole dans la nuit. Il sent qu'on le serre et le comprime, une douleur horrible comme un arrachement, une sŽparation, il est pris dans un Žtau qui l'enserre, des convulsions sanglantes, il voit une autre lumire rouge et p‰le et bleutŽe violente, lui dans son petit corps palpitant... Il passera au travers de ton corps comme un jaillissement d'eau pure et tumultueuse. Il crie.

 

On entend un vagissement.

 

Celle-lˆ est la dernire venue, porteuse de lumire et de souvenir, dernire petite vague transparente douce et longue ŽchouŽe sur le sable. Le voici le souffle de l'homme, le voici coupŽ, sŽparŽ ˆ jamais dans cette vie-lˆ. Voici le commencement. Souviens-toi mon enfant de ton futur.

 

 

22 ( Ana Zeck Daniel raccord avec 20 Puis Lucia )

 

La mre sort de la chambre en tenant l'enfant tout emmaillotŽ ˆ bout de bras.

 

ANA.- C'est une fille! Emmanuelle!

 

ZECK.- (hurlant se bouchant les oreilles) JE NE VEUX PAS CONNAëTRE SON NOM!

Elle n'a pas de nom. Il n'a pas de nom!

Ce bŽbŽ, ce truc n'a pas de nom! Nom de Dieu qu'est-ce qui vous prend?

Vous devenez fous ou quoi!

Cette chose n'a pas de nom, n'a rien! Rien!

 

DANIEL.- Tu ne t'Žtais mme pas posŽ la question que a pouvait tre autre chose qu'un garon! Que vas-tu faire avec une fille? C'EST UNE FILLE!

 

ZECK.- Rien. Pareil. Qu'est-ce que tu crois, c'est pire. Le premier qui appelle cette chose par un nom je le tue! Le premier qui dit ˆ qui il ressemble je le tue!

 

DANIEL.- J'ai de la chance j'allais le dire!

 

ZECK.- Plaisante pas avec a! JE NE VEUX PLUS ENTENDRE UN MOT!

 

Zeck prend l'enfant et sort. Il l'emmne.

 

DANIEL.- Qu'est-ce que tu fais?

 

ZECK.- Ce que j'ai ˆ faire. Ta gueule!

 

La mre et le fils restent un instant seuls comme ŽlectrocutŽs. ‚a dure longtemps.

Zeck revient et repose l'enfant sur la chaise.    

 

ZECK.- Si tu dis un mot, une rŽflexion, je te tue!

 

DANIEL.- (essayant de plaisanter) Tu sais que a devient une manie de vouloir tuer tout le monde!

 

ZECK.- Ta gueule!

 

DANIEL.- Ils vous rel‰chent comme a dans la nature, mine de rien. Mme pas prŽparŽs au retour les pauvres malheureux.

 

ZECK.- Ferme la!

 

DANIEL.- Sinon je te tue! C'est pas un peu simpliste non?

 

ANA.- Arrte!

 

DANIEL.- Quoi arrte! T'en n'as pas marre de supporter a?

 

Lucia sort de la chambre et vient reprendre le bŽbŽ calmement.

 

ZECK.- Qu'est-ce que tu fais, qu'est-ce qu'elle fait?

 

LUCIA.- Je la reprends. Vous n'arrtez pas de crier. Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse?

 

ZECK.- Le laisser.

 

LUCIA.- La laisser?

Tu l'as assez regardŽe. ‚a suffit.

 

Lucia s'en va.

 

ZECK.- Qu'est-ce qu'elle fait?

 

ANA.- Qu'est-ce que tu veux qu'elle fasse? Je sais pas elle va l'allaiter. Qu'est-ce tu voulais faire toi, lui donner le sein?

 

ZECK.- Arrte! Je ne sais pas... Je ne sais plus ce que je dois faire. ‚a me dŽpasse, TOUT ‚A ME DƒPASSE!

 

DANIEL.- Bois un coup!

 

LUCIA.- (off fortement) Zeck! Tu peux venir s'il te pla”t!

 

DANIEL.- Ho elle t'appelle.

 

ZECK.- Pourquoi elle m'appelle?

 

DANIEL.- Je sais pas, tu te dŽmerdes.

 

LUCIA.- Zeck! Tu peux venir s'il te pla”t!

 

ZECK.- Merde...

 

DANIEL.- C'est pas obligatoire que ce soit pour le m™me... C'est pas sžr!

 

LUCIA.- (revenant) Alors?

 

ZECK.- Alors quoi?

 

LUCIA.- Tu veux pas venir quand je t'appelle? Tu as pris ta dŽcision? Qu'est-ce que tu fais? Et qu'est-ce tu veux que je fasse, je t'Žcoute.

 

ZECK.- Quoi?

 

LUCIA.- Je veux que tu me dises ce que je dois faire.

 

ZECK.- C'est trop t™t.

 

LUCIA.- C'est trop t™t pourquoi?

 

ZECK.- J'ai besoin de temps... Pour rŽflŽchir, j'ai besoin de rŽflŽchir.

 

LUCIA.- C'est maintenant ou jamais. J'Žcoute. Je t'Žcoute.

 

ZECK.- Non, et non, N000N. Je ne veux pas, je ne veux plus avoir ˆ dire quoi que ce soit. Tu me prends en otage lˆ.

 

LUCIA.- C'est simple. C'est moi et l'enfant ou rien. Tu comprends tous les deux ou rien. Je l'Žlve seule ou je verrai mais c'est dŽjˆ plus ton problme ˆ prŽsent si je l'Žlve ce qu'on va devenir.

 

ZECK.- En fait tu me demandes de choisir, mais tu as dŽjˆ choisi. Y a d'autres solutions. Y a d'autres solutions. On pourrait je sais pas moi... HEU... ET MERDE. D'autres solutions! D'AUTRES SOLUTIONS bordel de merde, y a bien une solution dans tout a. Je me casse je me casse, il faut que je me casse d'ici...

 

LUCIA.- Va-t'en tu as raison, tu fais trop de mal en restant ici. Allez vat'en, VA-T'EN!

 

Zeck va reprendre son barda.

On voit le bŽbŽ accrochŽ au mur comme dans un cocon.

 

 

23

 

 

IBRIM.- CrŽe en moi un coeur pur, l'ƒternel est mon juste et je ne manquerai de rien. Tu n'exerceras pas de vengeance contre les enfants de ton peuple, tu aimeras ton prochain comme toi-mme, l'huile fera briller vos visages et vos prires s'Žlveront comme de l'encens devant sa face et les nations n'apprendront plus la guerre, le soleil, le croissant et l'Žtoile sous un mme ciel.

La gr‰ce danse.

 

 

24 ( Zeck Daniel Lucia Ana dans un coin )

 

 

Zeck revient avec tout son barda. Il tient dans ses mains son fusil mitrailleur. Juste au moment o Daniel aussi a l'air de vouloir sortir.

 

ZECK.- O tu vas?

 

DANIEL.- Je sors. Je vais ˆ la rivire.

 

ZECK.- Tu n'iras nulle part toi. Tu restes lˆ. EnfoirŽ! EnfermŽ. Tu ne sors pas, tu ne sors plus. Tu restes lˆ.

 

DANIEL.- De quoi tu parles? Je sors si je veux.

 

ZECK.- Ne bouge plus! A genoux, les mains sur la tte! Je vois clair en toi, trop clair, je sais qui tu es ˆ prŽsent. Je lis en toi, tes idŽes sombres, ta trahison. Un porc vaut mieux que toi, il est utile pour certains. Toi qu'est-ce que tu es? Hein, mme pas un chien, ni une mouche, tu es une merde. Un dŽchet, tout juste ˆ faire pousser les arbres.

 

DANIEL.- La supŽrioritŽ de l'homme sur la bte est nulle : car tout est vanitŽ. Tous deux vont au mme endroit. Tous deux viennent de la poussire, tous deux retournent ˆ la poussire.

 

ZECK.- Ta gueule.

 

DANIEL.- Et qu'est-ce que tu crois que tu vas devenir toi sinon de la poussire?

 

ZECK.- Ta gueule!

Zeck le met en joue avec un fusil.

Alors maintenant tu vas me dire! O sont mes bijoux que j'ai comptŽs devant toi?

 

DANIEL.- De quoi tu parles?

 

ZECK.- Mes bijoux, o sont mes bijoux?

 

DANIEL.- Merde arrte, ho je les ai pas tes bijoux.

 

LUCIA.- (tenant le bŽbŽ dans les bras) Tes bijoux sont tombŽs dans les chiottes, enfoncŽs dans un mtre de merde!

Tu me diras c'est la n™tre...

 

ZECK.- De quoi?

 

LUCIA.- Notre merde, c'est la n™tre.

 

ZECK.- Aux chiottes? Putain qui a foutu mes bougies, merde mes bijoux dans les chiottes bordel, quel enculŽ a fait a?

C'est toi fils de pute qui vas aller me les chercher dans la merde mme la tte la premire s'il le faut mais tu vas me retrouver ces putains de bijoux, mais comment on peut tre aussi con, c'est pas possible alors que t'as rien que t'es pauvre comme tout et tu fous mon trŽsor dans la merde, y en a pas deux dans le monde un connard pareil.

Allez prŽpare-toi ˆ descendre dans le trou enculŽ!

 

LUCIA.- Laisse-le tranquille! C'est moi.

 

ZECK.- Quoi c'est toi!

 

LUCIA.- C'est moi qui ai pris les bijoux et qui les ai foutus dans la merde...

 

ZECK.- C'est pas vrai, mais c'Žtait de l'argent pour nous pour recommencer notre vie, tous ensemble, j'en ai parlŽ ˆ ta mre, on va aller s'installer dans la banlieue d'une grande ville et on va essayer de se rapprocher du centre...

 

LUCIA.- Tu veux recommencer quoi? Quelle vie? Qu'est-ce que tu proposes?

Et puis j'ai pas fait exprs, je les avais dans les poches, j'ai ŽtŽ faire pipi et en relevant la robe, plaff dans la merde. Ils ont disparu tout de suite.

 

ZECK.- C'est pas vrai tu te fous de ma gueule?

 

LUCIA.- Ë ton avis?

 

ZECK.- Tu te fous de ma gueule!

 

LUCIA.- Et tes bijoux, ni moi ni mon frre n'iront les rechercher, si tu les veux tu sais o ils sont!

 

ZECK.- Pourquoi tu joues ce petit jeu avec moi, hein pourquoi? Tu sais que c'est dangereux le jeu que tu joues, c'est pas aux dominos que tu joues lˆ, c'est comme si tu jouais avec une grenade! J'ai plus rien ˆ perdre.

 

LUCIA.- C'est toi la grenade?

 

ZECK.- Et alors?

 

LUCIA.- Et alors? Fais-la pŽter ta grenade! Il est o le fils d'agriculteur, le berger, le moissonneur?

 

ZECK.- De qui tu parles?

 

LUCIA.- De toi. De toi Zeck, rien que de toi.

 

ZECK.- De moi? Le fils d'agriculteur, berger et moissonneur?

 

LUCIA.- Oui le fils d'agriculteur et agriculteur lui-mme, lui que tout le monde aimait et respectait pour son calme et sa sagesse, pour le travail accompli. Le mec que j'aimais Zeck.

 

ZECK.- C'Žtait il y a bien longtemps... Arrte! Arrtez!

 

Zeck reste un long moment sans rien dire. Il se met dans un coin avec ses armes. Pensif mais comme gardant la place assis dans un coin.

 

ZECK.- JE SUIS UN HƒROS BORDEL DE MERDE COMMENT TU ME PARLES? JE DEMANDE Ë æTRE RESPECTƒ.

C'est pas compliquŽ, le droit au respect bordel de merde, mais qui vous tes pour me juger, pour me comprendre, vous n'avez qu'une vague idŽe de la rŽalitŽ. Vous vous tes mis ˆ ma place deux secondes, juste deux secondes!

 

LUCIA.- Je comprends pas bien lˆ, on est autant victime de la guerre que toi.

 

ZECK.- Non pas pareil, PAS PAREIL!

 

LUCIA.- Comme tu voudras pas pareil.

 

ZECK.- Non pas pareil.

 

LUCIA.- O.K. pas pareil. D'accord pas pareil. DiffŽrents?

 

ZECK.- Totalement diffŽrents. Vous vous avez pas fait ce que j'ai fait d'accord?

 

LUCIA.- On est d'accord. On n'a tuŽ personne nous.

 

ZECK.- On est d'accord.

 

LUCIA.- On n'a volŽ, pillŽ personne nous.

 

ZECK.- On est d'accord. J'ai volŽ, menti, maudit, tuŽ, pillŽ et alors, c'Žtait une obligation comme une loi universelle.

Alors maintenant c'est fini, je veux plus vous voir de ma vie, plus jamais, c'est terminŽ, toi tu vas aller chercher mes bijoux et je me sauve.

 

DANIEL.- Jamais. Tu peux tirer.

 

ZECK.- (le mettant en joue) Ne m'oblige pas.

 

LUCIA.- Zeck... ƒcoute-moi... Les mots ne sont rien. Ils sont invisibles, on ne peut les peindre ou les dessiner...

 

ZECK.- Qu'est-ce que tu me racontes...

 

LUCIA.- Quand tu te rappelles des bonnes choses, des souvenirs, les images du passŽ... Qu'est-ce que tu vois? Qu'est-ce que tu sens? O je suis moi dans ces images?

 

Tu prŽfres ne plus rien voir, tu ne veux plus te rappeler, o je suis moi dans tout a?

 

ZECK.- Tu embrouilles tout. Tout Žtait si simple pour moi, on se retrouve et on part ensemble avec ta famille... Tout Žtait si simple dans ma tte, rien n'est pareil depuis le dŽbut, a a merdŽ dŽjˆ ˆ la premire seconde, t'Žtais ˆ la rivireÉ

 

LUCIA.- Qu'est-ce que tu penses de la bontŽ?

 

ZECK.- Pas grand chose.

 

LUCIA.- Et de la gr‰ce?                      

 

ZECK.- Je n'y pense pas.                   

 

LUCIA.- Du pardon?      

 

ZECK.- De quoi?            

 

LUCIA.- De l'amour?      

 

ZECK.- Rien ˆ dire. Tais-toi.              

 

LUCIA.- C'est lˆ le problme Zeck, partout o tu ne vois plus l'amour, il n'y a que pleurs, mal et souffrance É     

 

Il sort rapidement.         

 

 

25 ( Ana Lucia Daniel puis Zeck )

 

 

Ana dans un coin a tout vu. Elle s'approche de son fils toujours ˆ genoux.

 

DANIEL.- Pourquoi tu me regardes comme a toi?

 

ANA.- Je te regarde. C'est tout. J'ai le droit, j'ai encore le droit de te regarder et de penser qu'il restait un petit espoir, un bonheur suspendu ˆ un cheveu et vous l'avez bržlŽ, que vous venez d'un coup d'arracher les fleurs du jardin, d'empoisonner l'eau fra”che et de raser notre maison, que vous avez Žteint la dernire petite flamme tremblotante d'un dernier souffle.

 

DANIEL.- Quel espoir, de quelle fleur tu parles, de quelle eau fra”che, quelle maison, quelle flamme sinon qu'elle nous bržle et nous dŽvore. J'ai rien ˆ te dire de plus. Tu as dŽjˆ choisi ton camp et moi le mien.

 

ANA.- Va t'en! Fous-moi le camp d'ici!

 

LUCIA.- Maman arrte!

 

DANIEL.- Comme tu voudras.

 

LUCIA.- Tout est fini.

 

On entend un cri, comme un long r‰le au-dehors. Daniel se sauve.

On voit Zeck revenir couvert de merde, le visage et les mains marrons mais il tient dans ses mains les bijoux. Il devient comme fou.

 

ZECK.- (jouant avec ses bijoux) ET VOILË, ET VOILË! VOILË!

Voilˆ la vie qui commence, allez tous vous faire foutre, je me casse de cette maison de fous! Moi je vais aller vivre dans la belle Europe et me laisser aller au cour de cette salope! M'y promener, y manger, m'y saouler et vous rien, rien de rien, restez lˆ avec vos leons de morale ˆ la con...

 

ANA.- Emmne-nous!

 

ZECK.- Pourquoi faire?

 

LUCIA.- Honte ˆ toi!

 

ANA.- Tu vas nous abandonner ici?

 

ZECK.- Et alors? Je ne peux pas rester lˆ plus longtemps avec vous. C'est pas que je m'ennuie mais au nom d'une histoire d'amour de jeunesse, je vais me porter un paquet de merde jour aprs jour. C'est fini la merde, c'Žtait la dernire fois.

 

ANA.- Emmne-moi! Emmne-moi! Tu m'avais dit si les autres peuvent pas ou veulent pas venir c'est leur problme, ils sont grands, ils peuvent faire ou refaire leur vie sans moi, qu'est-ce que je vais faire ˆ rester lˆ, emmne-moi et aprs je saurai me dŽbrouiller lˆ-bas toute seule.

 

ZECK.- Pourquoi?

 

ANA.- Je ferai tout ce que tu voudras, mais emmne-moi!

 

Ana le prend dans ses bras et se colle ˆ lui, lui couvert de merde.

 

ZECK.- Tu es vieille pour moi, je suis dŽsormais comme un hŽros de guerre, j'ai un dž qui commence par lˆ, par la jeunesse. C'est a, a paye tout a, a comble l'absence, a rebouche les trous de l'histoire non? Je vais me mettre avec mon argent ˆ la terrasse d'un cafŽ chic... Je vais croiser des ventres lumineux, des chattes lumineuses comme s'il en pleuvait...

Et arrte s'il te pla”t de te coller ˆ moi.

 

ANA.- Salaud!

 

ZECK.- Ho qu'est-ce qu'il y a? Qu'est-ce que tu me proposes la mre?

 

ANA.- De tout recommencer. Je pourrais t'aider pour ton petit commerce d'Žpicerie fine orientale, faire le mŽnage, la comptabilitŽ, ˆ manger. Tu en auras besoin quand tu joueras aux dominos.

Je ferai tout pour toi. Mais emmne-moi.

 

ZECK.- Je vais me laver ˆ la rivire.

 

ANA.- Moi aussi. Je viens avec toi. Je vais te laver, me laver et oublier.

 

Ils sortent.

Noir.

 

 

27 Lucia

 

 

Lucia erre dans le temple vide.

Il neige sans discontinuer, elle va se blottir contre un mur avec une couverture et le temps passe, elle protge son enfant. La neige tombe et recouvre son corps.

Lucia est allongŽe en prire, ˆ genoux et le front reposant contre le sol, les paumes vers le ciel.

 

LUCIA.- CrŽe en moi un coeur pur, l'ƒternel est mon juste et je ne manquerai de rien. Tu n'exerceras pas de vengeance contre les enfants de ton peuple, tu aimeras ton prochain comme toi-mme, l'huile fera briller vos visages et vos prires s'Žlveront comme de l'encens devant sa face et les nations n'apprendront plus la guerre, le soleil, le croissant et l'Žtoile sous un mme ciel.

La gr‰ce danse.

 

 

Noir.

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